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13 mars 2018 | 08:39

L’audition bienveillante pour les enfants victimes de violences sexuelles

Audition bienveillante en Ukraine pour les enfants victimes
©Africa Studio/AdobeStock

Les enfants victimes de violences sexuelles qui portent plainte sont amenés à témoigner de l’abus subi. Une expérience qui peut représenter un nouveau traumatisme pour l’enfant si l’audition n’est pas menée par des professionnels dûment formés.

Le BICE a ainsi organisé, avec ses partenaires, deux séminaires sur l’audition bienveillante des enfants victimes de violences sexuelles, en Arménie et en Ukraine. Dans ces deux pays, des salles d’audition bienveillante vont prochainement être mises en place. Mais cela bien sûr ne suffit pas. Il faut avant tout que toutes les personnes qui accompagnent l’enfant pendant la procédure soient elles-mêmes sensibilisées aux méthodes de l’audition bienveillante.

Comment mener une audition bienveillante

Pour cela, le BICE a organisé une formation avec M. Belin, le gendarme à l’initiative de l’ouverture d’une unité d’accueil médico judiciaire dans la région de Saint Malo. Fort de son expérience, M. Belin a présenté aux 22 participants réunis à Odessa (assistantes sociales, enquêteurs, médecins, psychologues scolaires, employés de la justice, juges, …) le principe et les bienfaits de l’audition bienveillante.
Il a particulièrement insisté sur la nécessité, pour chaque professionnel, de s’en tenir à son rôle, de ne pas multiplier les interrogatoires auprès de l’enfant et de travailler de concert. Si les grandes évolutions ne peuvent être décidées qu’à un niveau hiérarchique supérieur, M. Belin a néanmoins fait valoir des changements significatifs et simples à mettre en place :

  • Lorsqu’un enfant victime vient avec sa famille pour un dépôt de plainte, il ne devrait pas être présent lors du récit des faits. Un gendarme peut facilement l’écarter en lui proposant de venir jouer dans une petite aire réservée à cet effet.
  • Afin de dédramatiser l’audition, parents et enfants peuvent visionner une vidéo qui leur présente à la fois la salle et les personnes qui interviendront.

M. Belin a également rappelé que l’audition bienveillante des enfants victimes nécessitait une formation et des protocoles établis, comme par exemple celui du NICHD. A la fois pour ne pas faire subir à l’enfant une nouvelle épreuve, mais aussi pour récolter des informations fiables et utiles à l’enquête. L’estimation du stade de développement de l’enfant est ainsi essentielle pour poser des questions adaptées, sans jamais suggérer. L’enfant est-il capable de nommer des couleurs ? De décrire une personne ? De se repérer dans le temps et dans l’espace ?
Sans ces validations préalables, l’enfant risque fort de répondre de façon erronée, simplement pour faire plaisir à l’adulte qui l’interroge.

Vers une prochaine ouverture de centres d’audition bienveillante

M. Makhanko, à l’origine de l’ouverture d’une vingtaine de salles d’audition bienveillante en Biélorussie, est également venu apporter son témoignage. La situation est sensiblement différente en Biélorussie où la loi prévoit que des psychologues et non des policiers se chargent de l’audition. Cette réussite, dans un pays au contexte politique particulièrement dur et complexe, est porteuse d’espoir pour l’Ukraine.

Le centre d’audition bienveillante qui ouvrira prochainement à Odessa servira de centre pilote. Le BICE, avec son partenaire WCU (Women Consortium of Ukraine) accompagnera sa mise en place. Il assurera également les formations complémentaires nécessaires pour les différents membres du personnel. Des visites seront ensuite prévues pour des délégations d’autres régions, afin qu’elles essaiment ces bonnes pratiques dans l’ensemble du pays.