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12 mars 2018 | 14:47

Des centres d’accueil pour les enfants des rues en RDC

Enfants des rues en RDC
©PEDER

Avec la structure PEDER, les sœurs de Santa Gemma s’attaquent de front au problème des enfants des rues en RDC, à Bukavu. Ils seraient aujourd’hui entre 6 et 10 000 à errer dans les rues, privés de toute protection et soumis aux pires formes de maltraitances et d’exploitation.

Thomas d’Aquin Rubambura Mituga , Coordinateur Adjoint de PEDER (Programme d’Encadrement Des Enfants des Rues), nous décrit la situation des enfants des rues en RDC et le travail réalisé dans les centres pour les aider.

Auprès de quels enfants les centres PEDER interviennent-ils ?

Thomas d’Aquin Rubambura Mituga : Nous intervenons auprès des jeunes en situation de grande vulnérabilité, qui sont en rupture soit partielle, soit totale avec leur famille.
Cette rupture peut avoir des causes très variées :

  • L’enfant est maltraité dans sa famille et fuit le domicile ;
  • L’équilibre familial est rompu. Le père ou la mère de l’enfant est décédé, le parent vivant s’est remarié et le nouvel époux ou la nouvelle épouse rejette l’enfant ;
  • L’enfant est orphelin ;
  • L’enfant et sa famille ont été déplacés à cause de la guerre ;
  • L’enfant est déscolarisé, souvent pour des raisons financières.

La pauvreté est fréquemment pointée du doigt pour expliquer la situation de rue de ces enfants.
Mais la rupture de la structure familiale et le manque de communication en sont aussi les causes. Certaines familles, même pauvres parviennent à maintenir une cohésion familiale. D’autres ne résistent pas à la pression violente et permanente de la misère.

Quel travail mènent les centres PEDER auprès des enfants des rues en RDC ?

PEDER gère aujourd’hui 4 centres qui peuvent accueillir une centaine d’enfants chacun.
Ces centres sont au service des enfants, pour les récupérer, les prendre en charge et les orienter. L’objectif est d’aboutir à une réinsertion sociale même si celle-ci nécessite, bien sûr, plusieurs étapes.

Première étape : récupérer les enfants
Il n’est pas facile de convaincre un enfant de la rue de venir au centre. Il faut discuter, échanger et le mettre en confiance. C’est véritablement « le renard et le petit prince ». Comme dans le conte, l’enfant doit être prêt à faire confiance alors que, bien souvent, sa confiance en l’adulte est totalement détruite. En effet, pour ces enfants, l’adulte représente le mal : le parent qui le néglige ou le bat, le policier qui le viole et le frappe… C’est au détour d’une petite blague, du partage d’un bout de beignet sucré que le rapport s’instaure. L’enfant est surpris : aucun adulte ne lui a jamais parlé ainsi…

Deuxième étape : rechercher la famille
L’équipe du PEDER recherche la famille de l’enfant. Elle entame avec celle-ci une médiation pour l’aider à rétablir les liens avec l’enfant et l’inciter à accueillir à nouveau l’enfant. Plus l’enfant restera longtemps dans la rue, plus la réinsertion familiale sera difficile. Drogue, prostitution, argent facile, … la rue broie et « happe » les enfants. Certains sont résignés, ils se jugent eux-mêmes irrécupérables et souhaitent qu’on les laisse mourir.

Troisième étape : réinsérer les enfants
Nos centres sont des centres temporaires, de transit. Nous prodiguons aux enfants les premiers soins et un soutien psychologique. Tout un travail de resocialisation est également mené, qui passe par des jeux, des activités, …
La plupart des enfants restent environ un an dans le centre d’accueil, mais il s’agit rarement d’une année complète et continue. L’appel de la rue est souvent le plus fort. L’enfant peut tout à fait aller dormir dehors alors qu’un lit l’attend au centre. Il faut accepter ce va-et-vient et être présent quand l’enfant en a besoin.
En fonction de leur âge, les enfants peuvent suivre des cours de mise à niveau au sein du centre pour reprendre ensuite une scolarité normale, une fois leur famille retrouvée (famille qui peut s’entendre au sens large : oncle, tante, grands-parents…). Les plus grands bénéficient, eux, d’une formation professionnelle.