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23 octobre 2017 | 11:54

Education de qualité, un enjeu d’humanité

Education de qualité un enjeu d’humanité
©BICE

Chantal Paisant, spécialiste de l’Education et représentante du BICE auprès de l’Unesco, nous livre ses réflexions et son expérience sur ce que devrait être une éducation de qualité.

Education de qualité, un enjeu d’humanité

Chantal Paisant : Pour moi, une éducation de qualité est une éducation qui favorise le développement de l’enfant dans toutes ses dimensions humaines, au maximum de son potentiel. Il s’agit bien de la croissance de sa propre personne, avec toute la guidance nécessaire.
Pourquoi ce droit à l’éducation est-il la condition de base de tous les autres droits ? Parce que l’éducation est l’éveil chez l’enfant, de 0 à 18 ans, de cette conscience de soi, dans sa dignité profonde, en tant qu’être unique, qui doit devenir responsable de lui-même, mais aussi responsable avec les autres dans le monde.
Si l’on éveille et nourrit cette conscience, l’enfant peut alors devenir un adulte qui s’engage dans la société et qui a la capacité à s’associer avec d’autres pour défendre les droits de l’homme. Un être qui a la conscience de la dignité humaine, qui est potentiellement un acteur dans la société, capable d’agir sur le monde et non plus une victime prise dans les rouages et les fatalités. C’est donc un véritable enjeu d’humanité.

3 points fondamentaux pour une éducation de qualité

CP : Si l’éducation est un droit fondamental de l’enfant, les adultes ont donc des obligations envers ce dernier. Je citerais 3 points essentiels dans l’éducation de qualité, qui à mon sens n’en font qu’un.

L’amour, singulier, pour chaque enfant. Cela veut dire une parole adressée singulièrement à chacun, par les parents, par l’enseignant. C’est à travers ce regard et cette parole qui singularisent que débute en effet l’éveil du « Je ». Ainsi, l’enfant apprend à dire « Je » et plus seulement « on »., « nous », etc.
La capacité à dire oui. Oui à tout ce qui peut faire grandir, oui à la créativité naturelle de l’enfant, oui aux stimulations multiples qui peuvent éveiller sa curiosité. Oui à tout ce qui donne confiance en soi, oui à ce qui restaure l’estime de soi, oui à ce qui réconcilie avec l’école. Un oui à l’accueil de ses potentialités, de ses talents, de ses passions.
La capacité à dire non. Non à ce qui est contraire à ce processus de développement : l’humiliation, la stigmatisation, la marginalisation, l’exploitation… Non, dans la relation à l’enfant, comme une limite à tout ce qui le met en danger. Non, dans l’éducation quotidienne, comme un éveil à la conscience que l’autre existe, comme une limite à sa toute puissance. Un non structurant qui rappelle les lois et les règles à respecter.

Une éducation de qualité respectueuse de la diversité culturelle

CP : Vous me dites : qui peut juger de ce qu’est une éducation de qualité ?
Je crois que ce que je viens de dire, est compréhensible, par tous, quelles que soient les cultures.
Bien sûr, comme le souligne également la Convention relative aux droits de l’enfant, l’enfant a le droit d’être éduqué dans sa culture, dans sa langue et dans le respect de sa religion. Il y a donc en effet des formes, des conceptions de l’éducation, des usages différents. Nous sommes dans notre immense diversité, puisse-elle être conservée.
Mais nous pouvons nous rejoindre sur les fondamentaux : qu’est-ce que devenir un homme, une femme responsable de lui-même, d’elle-même ? Nous pouvons réfléchir ensemble sur les conditions qui favorisent la capacité à devenir cet être humain responsable, heureux de vivre et capable d’affirmer ses droits.