En Arménie, le projet « Renforcer la résilience des enfants et des familles affectés par le conflit armé » s’est poursuivi dans sa deuxième phase (2024-2025), dans un climat toujours marqué par une instabilité politique et sécuritaire persistante. La prise du Haut-Karabakh par l’Azerbaïdjan en septembre 2023 et le déplacement forcé de plus de 100 000 habitants de l’enclave vers l’Arménie ont accru les tensions régionales déjà existantes. Les menaces répétées à l’égard de la souveraineté arménienne et les incertitudes entourant le processus de paix ont profondément affecté la population Le 8 août 2025, une étape symbolique majeure a été franchie dans le processus de paix. Le Premier ministre arménien Nikol Pashinyan et le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev, avec la médiation des États-Unis, ont signé une déclaration commune visant à mettre officiellement fin au conflit du Haut-Karabakh qui dure depuis des décennies.
Dans ce contexte complexe, le BICE et son partenaire local Arevamanuk ont mis en œuvre plusieurs actions complémentaires dans la région de Shirak, afin de soutenir la résilience psychosociale et économique des enfants et de leurs familles déplacés ou locaux en situation de grande vulnérabilité.
Cette deuxième phase du projet s’est inscrite dans la continuité du travail mené entre 2022 et 2023. Elle a permis de renforcer les acquis de la phase 1. Les actions en matière de résilience psychosociale ont été consolidées, ainsi que les initiatives pour favoriser l’indépendance économique des mamans. Et de nouveaux axes ont été développés pour une prise en charge globale des enfants. Parmi eux : la formation d’enseignants, afin d’agir sur tous les environnements de vie de l’enfant, et l’élargissement des bénéficiaires aux familles locales en situation de vulnérabilité, afin de renforcer la cohésion sociale entre populations déplacées et hôtes.
Découvrez ci-dessous le détail des actions mises en place.
Un accompagnement psychologique adapté pour les enfants
Le cœur du projet a été l’accompagnement psychosocial de 220 enfants, dont une majorité déplacés du Haut-Karabakh. Les autres étaient issus de milieux particulièrement défavorisés. Lors d’ateliers de résilience en groupe, organisés deux fois par semaine, les enfants ont pu aborder des thématiques essentielles : la guerre, l’exil, la perte, la sécurité, l’identité et l’appartenance, les traumatismes et les réactions au stress, la régulation émotionnelle. Et partager leur vécu. Ces séances collectives ont été complétées par des rencontres individuelles quand cela a été nécessaire.
Cet accompagnement psychologique a :
- favorisé l’expression émotionnelle et la confiance en soi ;
- amélioré les interactions sociales ;
- permis une meilleure intégration dans les communautés d’accueil.
« Presque tous les enfants accompagnés ont réussi à identifier et mobiliser leurs ressources internes et externes pour faire face à leurs expériences traumatisantes et commencer à les surmonter. Ces résultats sont vraiment encourageants, souligne Armine Gmyuir, psychologue et fondatrice d’Arevamanuk. Nous avons, en parallèle, mis en place plusieurs autres actions afin d’améliorer l’environnement des enfants, leur prise en charge dans leurs différents lieux de vie. »
Former les adultes à mieux soutenir les enfants
Quelque 97 enseignants et psychologues scolaires1 de la région ont suivi six sessions de formations sur les traumatismes, le stress et les façons de les exprimer. Celles-ci ont permis de renforcer leurs pratiques éducatives et de mieux comprendre les comportements des enfants confrontés à la violence, au déracinement ou à l’isolement.
Des retombées positives ont été observées dès la fin du cycle de formation :
- une meilleure gestion des situations de crise en classe ;
- une prise de conscience accrue de la nécessité d’adopter des approches éducatives sensibles aux traumatismes ;
- un bénéfice ressenti par les professeurs eux-mêmes. Plusieurs établissements ont d’ailleurs exprimé le souhait de bénéficier de formations complémentaires.




Soutien mis en place pour 108 mères fragilisées
« Aider les mamans sur le plan psychologique et économique est primordial pour l’enfant. Cela lui permet de grandir dans un environnement plus serein. Il est difficile pour une mère qui ne va pas bien d’être à l’écoute de son enfant », explique Armine.
Réparer les blessures et rebâtir un avenir
Un soutien a été apporté à 108 mères, majoritairement déplacées ou confrontées à des vulnérabilités extrêmes. Les femmes ayant dû fuir le Haut-Karabakh subissaient les conséquences psychologiques du conflit, de la perte et de l’exil. Les autres, ayant souffert de violences domestiques ou en situation d’isolement social extrême, étaient en situation de grande précarité.
Grâce à des séances thérapeutiques individuelles et de groupe, ces femmes ont pu reprendre confiance en elles, atténuer les séquelles psychologiques liées à leur vécu et retrouver un sentiment d’autonomie.
À travers les groupes de parole hebdomadaires, un espace sécurisé s’est développé où l’expression des émotions, le partage d’expériences et la solidarité ont favorisé les reconstructions personnelles.
Insertion professionnelle : vers une autonomie durable
Le projet a également eu un impact concret sur le niveau socio-économique des familles. 82 femmes ont bénéficié d’activités de réinsertion professionnelle ; 17 d’entre elles ont reçu une formation ciblée ainsi que le matériel nécessaire pour démarrer une activité génératrice de revenus.
À la fin du projet :
- 82 % des femmes soutenues disposaient d’une source de revenus stable ;
- plusieurs d’entre elles travaillaient à domicile (coiffure, manucure, couture, cuisine) ou avaient rejoint un emploi salarié ;
- une majorité témoignait d’une meilleure estime de soi, une réduction du stress et une amélioration de leur bien-être familial.
« Ce processus d’autonomisation a été rendu possible grâce à un accompagnement personnalisé incluant soutien psychologique, formations pratiques, suivi social, aide pour les démarches administratives et orientation, précise Diana Filatova, chargée de projets au BICE. Tout ce travail les aide à croire de nouveau en elles, leur donne l’envie et la force de s’intégrer, d’espérer mieux. Certaines postulent actuellement pour être employées comme comptables ! »
Une aide humanitaire ciblée et continue
En complément de ces actions de fond, 50 familles ont reçu une aide humanitaire tout au long du projet dont la distribution de vêtements et de produits de première nécessité, mais aussi de cadeaux pour les enfants à Noël. Cette assistance a permis d’alléger le quotidien des plus vulnérables.
La stratégie d’aide a été adaptée au fil du temps, privilégiant des distributions mensuelles régulières pour mieux répondre aux besoins récurrents. Une ligne d’assistance ouverte 24h/24 et 7j/7 a été mise en place, assurant une réactivité optimale en cas de crise.
Un acteur de référence pour la diffusion de l’approche résilience en Arménie
L’impact du projet ne se limite pas à son action directe auprès des bénéficiaires. Arevamanuk est devenu un acteur de référence dans le pays pour la promotion de l’approche basée sur la résilience.
- 122 professionnels (psychologues, travailleurs sociaux) ont été formés à la méthodologie.
- Un programme structuré de formation et de supervision a été déployé dans quatre régions d’Arménie (Shirak, Lori, Tavush, Armavir).
- Une collaboration active avec l’université d’État de Shirak a permis d’introduire la résilience dans les cursus de formation des étudiants en psychologie.
Une approche intégrée et durable face aux défis complexes
Ce projet mené sur deux années a démontré que la résilience peut se construire même dans un contexte d’incertitude et de tensions persistantes. Grâce à une approche combinant soutien émotionnel des enfants et de leurs familles, accompagnement social et éducatif, autonomisation économique.
Face à l’ampleur des besoins, il est essentiel de maintenir des dispositifs d’accompagnement ancrés localement, centrés sur les personnes et adaptés à la complexité des trajectoires de vie marquées par les conflits, les déplacements, la pauvreté.
* Bailleurs : la fondation Calouste Gulbenkian, L’Œuvre d’Orient, le fonds Anne Frank, la fondation Madeleine
[1] Le projet prévoyait à l’origine d’en former 20.
