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La résilience est un processus qui permet à une personne de faire face à des situations difficiles ou traumatiques. Cela ne signifie pas qu’elle ne souffre plus ou qu’elle oublie les événements traversés, mais qu’elle arrive à retrouver un équilibre et parfois à découvrir de nouvelles ressources personnelles. Chez un enfant, nous parlons de résilience quand celui-ci a la capacité de s’adapter et de se développer de manière équilibrée en dépit de son exposition à des situations d’adversité ou de stress.

Comprendre la résilience

La résilience induit un changement de regard

La résilience peut amener une personne confrontée à une épreuve à porter progressivement un autre regard sur ce qu’elle a vécu, sans pour autant nier ni minimiser les difficultés rencontrées, et à prendre conscience des ressources dont elle dispose pour continuer à avancer. Ce changement de regard ouvre la porte à de nouvelles idées et stratégies d’action (Stefan Vanistendael, sociologue et ancien responsable de l’Unité Recherche et Développement du BICE). 

La résilience est un processus de reconstruction             

La résilience est le processus au cours duquel une personne se reconstruit, un enfant poursuit son développement. Ce n’est ni un mécanisme automatique ni un parcours identique pour tous. C’est un cheminement complexe, qui va bien au-delà de la simple capacité à résister aux difficultés (comme cela est parfois présenté). Elle ne consiste donc pas seulement à « tenir bon », mais à trouver peu à peu de nouvelles façons de faire face à l’épreuve et de continuer à avancer.

Chez un enfant, ce cheminement peut prendre différentes formes : parvenir à retourner à l’école après une période difficile, retrouver peu à peu l’envie de jouer ou d’aller vers les autres, réussir à mettre des mots sur ce qu’il a vécu ou demander de l’aide lorsqu’il en ressent le besoin. Il peut aussi amener l’enfant à trouver de nouveaux points d’appui, par exemple en découvrant une activité qui lui procure du plaisir et dans laquelle il s’épanouit.

La résilience, une association de quatre éléments fondamentaux

  • Une capacité qui peut être renforcée

La résilience n’est pas une qualité que certaines personnes posséderaient et d’autres non. C’est une capacité qu’il est possible de renforcer. Certains la développent plus facilement que d’autres, en fonction de leurs ressources individuelles et du contexte du moment. 

  • Un processus d’adaptation qui prend du temps 

La résilience implique un processus d’adaptation au cours duquel le sujet panse ses blessures, se reconstruit. Certaines personnes peuvent être résilientes en un an, d’autres en dix. C’est un processus individuel, il ne faut pas mettre de dates ou de limites de temps. 

  • Une nouvelle projection dans l’avenir 

Le processus de résilience apporte une évolution et de nouveaux défis que la personne n’avait peut-être jamais envisagés auparavant. C’est une nouvelle projection dans l’avenir et non un retour à l’état antérieur au choc. Il s’agit de donner un sens aux blessures. La cicatrice est donc toujours présente, elle fait partie de la nouvelle vie, mais elle est moins profonde.

  • Des ressources internes et externes 

La résilience s’appuie sur des facteurs personnels, internes, et des facteurs externes, liés à l’environnement dans lequel vit la personne concernée. Pour chaque personne, ces facteurs de résilience peuvent être identifiés. Ils peuvent aussi évoluer dans le temps, selon la situation. 

Pour accompagner une personne vivant dans une situation difficile, il est essentiel d’aller au-delà de sa vulnérabilité. Il est primordial de prendre en compte le rôle des différents facteurs. Car s’il y a des facteurs internes et externes de résilience, il existe aussi des facteurs internes et externes qui peuvent entraver le processus de résilience.

Quels peuvent être les facteurs de résilience ? Certains favorisent-ils davantage la reconstruction après un traumatisme ? Nous explorons ces questions dans notre article sur les facteurs de résilience.

La résilience à travers le parcours d’Issouf, soutenu par notre partenaire burkinabé

Je vivais dans la rue, ne sachant pas où aller, lorsque les services de l’action sociale m’ont repéré. J’ai été placé au foyer où je suis bien pris en charge. J’ai participé à plusieurs ateliers de résilience et à des jeux psychosociaux qui m’ont aidé à reprendre confiance en moi et m’ont permis de voir les choses autrement, d’avancer. Cela m’a motivé pour m’inscrire, toujours avec l’aide du foyer, à un atelier de soudure. J’ai retrouvé le goût d’apprendre et j’ai eu envie de retourner à l’école que j’avais abandonnée en classe de CM2. Avec l’aide du Foyer, j’ai pu me présenter en candidat libre à l’examen du Certificat d’Études Primaires, que j’ai réussi. Aujourd’hui, je souhaite continuer mon apprentissage en soudure dans un atelier tout en poursuivant mes études.

Issouf, 16 ans, bénéficiaire du foyer catholique Nong-Taaba, partenaire du BICE au Burkina Faso

Le parcours d’Issouf montre combien la présence d’adultes de confiance et un environnement protecteur peuvent aider un enfant ou un adolescent à mobiliser ses ressources face à l’adversité. Un parent, un éducateur, un enseignant ou un professionnel de l’enfance formé peut ainsi devenir ce que l’on appelle un tuteur de résilience, une personne qui, par sa présence, son écoute et son accompagnement, contribue à soutenir le processus de résilience de l’enfant. C’est pourquoi le BICE forme des tuteurs de résilience dans plusieurs pays.

Burkina Faso : projet autour de la formation et la résilience d'adolescents
Atelier de résilience © foyer Nong-Taaba

Découvrez en quoi consiste le rôle de tuteurs de résilience, la différence entre les tuteurs implicites et explicites, et comment le BICE les forme dans notre page consacrée aux tuteurs de résilience.

D’autres histoires de résilience sont à lire dans notre newsletter. Vous pourrez aussi y suivre les actions menées par le BICE et ses partenaires pour accompagner les enfants et défendre leurs droits.

Quelques définitions de la résilience

Notons que la résilience est un processus difficile à étudier. Cette complexité est un défi auquel tous les chercheurs sont confrontés. Mais cela a aussi permis d’enrichir le débat et de conduire ce concept vers de nouvelles frontières (B. Cyrulnik, 2014 ; Grané & Forés, 2019 ; G. Puig & J.L. Rubio, 2011 ; M. Ungar, 2018 ; S. Vanistendael, 2014). Aujourd’hui, on parle en effet de résilience dans les sciences humaines et sociales, mais aussi en économie, urbanisme, biologie, etc.

La résilience est ancrée dans la vie quotidienne, c’est pourquoi la littérature nous en propose différentes définitions. En voici quelques-unes :

« La résilience est la capacité d’un individu ou d’un groupe à surmonter de grandes difficultés et à s’épanouir en présence de grands risques. Il peut s’agir d’un traumatisme, de l’extrême pauvreté, d’une maladie grave, d’un deuil ou d’autres problèmes. Le journal d’Anne Frank ou la vie de Nelson Mandela en sont des exemples célèbres. » Stefan Vanistendael, sociologue et responsable de l’unité Recherche et Développement du BICE de 1979 à 2016.

« La résilience est cette vertu de générer des espaces de possibilités qui nous permettent d’atteindre l’excellence humaine, le plus haut potentiel humain pour vivre une vie meilleure. » (Anna Forés et Jordi Grané, 2019). Dans cette perspective, tous les êtres humains et toutes les communautés sont invités à l’exercice de la résilience, en s’adaptant constamment.

« La résilience est la capacité d’un système à s’adapter, avec succès, face aux menaces et aux risques qui mettent en danger sa fonction, son développement ou sa viabilité… Le concept peut être appliqué à divers types de systèmes, avec différents niveaux d’interaction : un micro-organisme, un enfant, une famille, un système de sécurité, un système économique ou le changement climatique. » Anna S. Masten (2014) montre également la nécessité d’une approche multidisciplinaire avec une approche holistique, globale.

« La résilience est la capacité à rebondir face à l’adversité, à s’adapter, à se rétablir et à retrouver l’accès à une vie pleine de sens et productive. » Jorge Rodríguez, Mônica Zaccarelli & Davoli Ricardo Pérez(2006) mettent ici l’accent sur le fait de donner un sens aux événements.

« La résilience humaine est définie comme la capacité d’un biosystème (personne, famille ou communauté) à s’orienter vers certaines ressources susceptibles de maintenir son fonctionnement positif dans des situations de stress. Cette façon de gérer lui permet d’obtenir les ressources qui lui permettent de donner un sens à l’expérience vécue. » Michael Ungar (2011), comprend des éléments au-delà de la personne.

« Ressources des groupes humains ou des sociétés pour faire face aux adversités et rechercher ensemble la réalisation de leur bien-être. » Suarez Ojeda, en relation avec la résilience de la communauté.

Bibliographie

Cyrulnik B. & Jorland G. (2012). La résilience : connaissances de base. Odile Jacob 

Cyrulnik B. (2014). La resiliencia en el siglo XXI. In J. Madariaga (Ed.), Nuevas miradas sobre la resiliencia. Gedisa.

Grané J. & Forés A. (2019). Los patitos feos y los cisnes negros. Plataforma Editorial.

Lecomte J. (2005). Les caractéristiques des tuteurs de résilience. Recherche en soins infirmiers, N° 82(3), 22. https://doi.org/10.3917/rsi.082.0022

Luthar S.S. & Cushing, G. (1999). The construct of resilience: Implications for interventions and social policy. Development and Psychopathology, 26(2), 353–372.

Masten A.S. & Powell, J. L. (2003). A Resilience Framework for Research, Policy, and Practice. In S. S. Luthar (Ed.), Resilience and Vulnerability (pp. 1–26). Cambridge University Press. https://doi.org/10.1017/CBO9780511615788.003

Masten A.S. (2014). Global Perspectives on Resilience in Children and Youth. Child Development, 85(1), 6–20. https://doi.org/10.1111/cdev.12205

Puig G. & Rubio J.L. (2011). Manual de resiliencia aplicada. Gedisa.

Ungar M. (2018). Systemic resilience : principles and processes for a science of change. In Ecology and Society 23, 23(4). https://doi.org/https://doi.org/10.5751/ES-10385-230434

Vanistendael S. (2014). Resiliencia: el reto del cambio de mirada. In B. Cyrulnik (Ed.), Nuevas miradas sobre la resiliencia. Gedisa.

Vanistendael S. (2005). La resiliencia: desde una inspiración hacia cambios prácticos. 2 Congreso Internacional de Los Transtornos Del Comportamiento En Niños y Adolescentes, pagina 8, 1–13.

Vanistendael S. (2015). La Résilience ou le réalisme de l’espérance : Blessé, mais pas vaincu. Ed. actualisée, Les Cahiers du BICE.