Comprendre la résilience : 10 images pour dépasser les idées reçues
La résilience désigne la capacité d'une personne à poursuivre son développement malgré une épreuve, en mobilisant ses ressources personnelles et celles de son entourage. Mais être résilient ne signifie ni être invulnérable, ni résister seul, ni effacer la souffrance. Alors, qu'est-ce que la résilience exactement ? Et quelles représentations peuvent nous induire en erreur ?
L’équipe de rédacteursComme le souligne Stefan Vanistendael, spécialiste de la résilience et longtemps responsable du département Recherche et Développement du BICE, la diffusion rapide de ce concept s’est accompagnée de nombreuses simplifications. Or réduire la résilience à la volonté, à la résistance ou à la réussite revient à passer à côté de sa dimension profondément humaine et relationnelle. Pour mieux la comprendre, nous vous proposons dix images : cinq idées reçues sur la résilience, puis cinq images pour saisir ce qu’elle signifie réellement.
Cinq idées reçues sur la résilience
La résilience n’est pas un exploit ou un miracle
La résilience n’est pas une action héroïque, un exploit impossible ou un miracle. Elle ne se construit pas non plus dans la solitude. Elle se développe jour après jour grâce aux petits gestes et aux actions quotidiennes de la personne et de sa communauté. Avec le temps, une personne engagée dans un processus de résilience peut porter un autre regard sur l’épreuve traversée, lui donner du sens et en tirer de nouveaux apprentissages.
La résilience n’est pas réservée aux super-héros
La résilience est une capacité et nous pouvons tous la développer. Cela ne signifie pas pour autant que son développement dépend uniquement de la force de volonté ou de l’attitude optimiste de la personne. La résilience n’est pas une affaire de super-héros. Les relations jouent un rôle essentiel dans de nombreux processus de résilience. La présence d’une personne qui écoute, soutient et porte un regard positif peut notamment aider un enfant ou un adulte à mobiliser ses propres ressources. C’est l’origine du terme « tuteurs ou facilitateurs de résilience » : des personnes qui, consciemment ou non, aident les autres à devenir résilients.
Plus de 2 500 tuteurs de résilience formés depuis 2015 par le BICE
Découvrez en quoi consiste le rôle de tuteurs de résilience, la différence entre les tuteurs implicites et explicites, et comment le BICE les forme dans notre page consacrée aux tuteurs de résilience.
La résilience n’est pas une question de force et de résistance
Nous associons souvent la résilience aux concepts de force ou de résistance avec des expressions telles que « résister malgré tout » ou « nous devons survivre à cette période difficile ». Cette vision s’éloigne pourtant de ce qu’est véritablement la résilience, car elle fait de la personne l’objet de son destin, la laissant dans une situation de passivité face aux événements qu’elle vit et où elle ne peut rien faire d’autre que résister. Résister peut être nécessaire pour traverser une période difficile, mais la résilience ne se résume pas à « tenir bon ». Elle implique aussi de pouvoir mobiliser des ressources, trouver du soutien, s’adapter et, progressivement, reconstruire un chemin malgré l’épreuve.
Être résilient ne signifie pas forcément réussir
Une autre fausse interprétation de la résilience consiste à penser que les personnes résilientes sont celles qui connaissent le succès ou la gloire, ce qui par exemple peut se traduire par la réussite financière.
Pour le psychologue allemand Friedrich Lösel, qui a consacré une partie de ses travaux aux facteurs de risque et de protection, les personnes résilientes sont celles qui sont en harmonie avec ce qu’elles sont, se sentent utiles dans leur communauté et sont reconnues socialement. De ce point de vue, associer la résilience au succès est réducteur.
Il n’existe pas de recette universelle de la résilience
Il n’existe pas de recette de la résilience, de formule magique qui fonctionnerait de la même manière pour tous. Chaque parcours est singulier et dépend notamment de l’histoire de la personne, de son environnement, de sa culture et des ressources dont elle dispose. Car la résilience ne consiste pas à faire disparaître les difficultés, les vulnérabilités ou les risques, mais à mobiliser et renforcer les ressources du sujet et de son environnement pour l’aider à y faire face.
Mais, si rien de tout ceci n’est de la résilience, qu’est-ce que la résilience ?
Cinq images illustrant la résilience
Apprendre et découvrir ses ressources
La résilience implique un apprentissage de la part de la personne et de son environnement. Dans un processus de résilience, le sujet (re)-devient actif, développe sa capacité de croissance et découvre de nouvelles compétences ou de nouveaux talents qu’il ignorait avoir. Par exemple : la créativité, la flexibilité, les compétences sociales, l’altruisme ou la solidarité, etc. Cela peut l’aider à se projeter dans l’avenir.
Dans la vie d’une enfant, Sofia
Sofia, 10 ans, a participé avec sa mère à huit séances d’accompagnement en petit groupe à l’espace Résilience de Kiev, en Ukraine mis en place par le partenaire du BICE dans le cadre de son projet Enfance sans Violences. Jeux, activités en extérieur, ateliers créatifs… Elle garde notamment le souvenir d’une fleur fabriquée lors de la première séance, à travers laquelle chaque enfant était invité à parler de lui-même.
« Cet espace m’a aidée à mieux me connaître, à avoir confiance. »
Aujourd’hui, Sofia parle aussi de ce qu’elle aimerait apprendre : jouer de la guitare. Elle s’imagine un jour sur scène avec un groupe de musique ou devenir photographe.
Ses inquiétudes n’ont pas disparu : Sofia redoute que son père soit envoyé à l’armée. Mais elle identifie aussi ce qui la sécurise — la présence de ses parents — et se projette dans l’avenir.
Croître et se transformer après une épreuve
L’image du papillon et de son développement nous rappelle que la vie est dynamique. Elle ne s’arrête pas et ne revient jamais au point de départ. Par conséquent, la résilience ne consiste pas à repartir de zéro ou à revenir exactement à la situation qui précédait l’épreuve, car cela est impossible.
Les processus de résilience amènent la personne et son environnement à évoluer. De nouvelles perspectives peuvent alors s’ouvrir et de nouveaux projets émerger.
Donner du sens sans nier la souffrance
La photographie représente l’art japonais du kintsugi, qui consiste à réparer les pièces de poterie cassées en recouvrant les fissures d’or. Ces dernières ne sont donc pas cachées mais au contraire rendent chaque pièce unique et précieuse.
La résilience ne cherche pas à nier la douleur, mais reconnaît qu’elle fait partie de l’histoire vécue. Avec le temps et grâce aux ressources qu’une personne peut mobiliser autour d’elle et en elle, une nouvelle histoire peut se construire, dans laquelle la souffrance vécue n’empêche pas de continuer à grandir.
Changer de regard
La résilience invite le sujet à changer de regard sur les épreuves traversées, mais aussi à changer celui des aidants sur les personnes qui les vivent. Il ne s’agit ni de nier les difficultés ni de les regarder avec un optimisme naïf, mais d’aller au-delà de nos préjugés pour porter un regard réaliste et plein d’espérance, capable de reconnaître les ressources et les possibilités qui subsistent malgré l’adversité.
Chez l’enfant, le regard porté par le professionnel est particulièrement important. Favoriser la résilience suppose de ne pas l’enfermer dans ses difficultés ou ses comportements, mais de reconnaître sa pleine dignité et de porter sur lui un regard empli d’espérance. Derrière une réaction violente, un refus ou un repli peuvent se trouver une histoire, des émotions et des besoins qu’il faut apprendre à identifier.
L'histoire de Youssef
Youssef avait 3 ans lorsqu’il a commencé à être accompagné à Alep par les Maristes bleus. Sa famille, déplacée à plusieurs reprises à cause du conflit, vivait dans un quartier très pauvre, entouré de maisons détruites. Le petit garçon était alors irritable, avait des réactions violentes, refusait le cadre et avait du mal à partager avec les autres enfants. Les éducateurs ont choisi de lui laisser du temps et de construire avec lui une relation de confiance. « Nous lui avons apporté beaucoup d’amour, de la sécurité. Nous lui avons donné le temps de nous faire confiance sans le brusquer. » Progressivement, Youssef a appris à exprimer plus calmement ses besoins et à participer aux activités avec les autres enfants. « Presque deux ans plus tard, il joue, partage, est empli de compassion pour ses camarades », témoignent les éducateurs.
L’histoire de Youssef montre combien le regard porté sur un enfant peut compter. Il s’agit de voir au-delà de ses difficultés immédiates, de reconnaître ses ressources et de créer autour de lui les conditions qui lui permettront de les développer.
Naviguer dans les torrents
Le neuropsychiatre français Boris Cyrulnik, dont les travaux ont largement contribué à faire connaître le concept de résilience en France, compare la résilience à « l’art de naviguer dans les torrents ». La métaphore rappelle que la résilience ne consiste pas à faire disparaître les difficultés, mais à trouver les ressources et les appuis qui permettent de continuer à avancer malgré elles.
Retrouver des moments d'enfance malgré les épreuves : l'histoire d'Ali
À 12 ans, Ali vit à Alep avec sa mère et ses deux jeunes frères. Son père est mort pendant la guerre et, dès l’âge de 7 ans, le garçon a travaillé dans des ateliers de cordonnerie puis de couture. En 2023, une nouvelle épreuve frappe la famille : leur maison s’effondre lors du séisme.
Sa mère l’inscrit alors au centre de Pro Terra Sancta, partenaire du BICE, où tous deux bénéficient d’un soutien psychologique et où Ali peut également suivre des cours. Chaque semaine, il rejoint le centre en minibus. Le trajet lui-même devient un temps d’activités encadrées par des professionnels de l’enfance, de rencontres et de détente avec les autres enfants.
« Ce que je préfère, c’est lorsque l’on répète ensemble les chants appris. On est unis et c’est joyeux. »
Les difficultés d’Ali n’ont pas toutes disparu. Il continue notamment à travailler pour aider sa famille. Mais l’accompagnement lui permet aussi de retrouver des espaces où il peut apprendre, créer des liens, chanter et simplement être un enfant. Sa mère, de son côté, a pu reprendre une activité professionnelle. La résilience se construit ainsi avec les appuis rencontrés en chemin : une mère qui cherche de l’aide, des professionnels qui accompagnent, un lieu sécurisant, d’autres enfants avec lesquels rire et chanter…
La résilience n’est donc ni l’invulnérabilité, ni l’oubli, ni la capacité à tout surmonter seul. C’est un processus dynamique, qui se construit dans le temps, à partir des ressources de la personne mais aussi de celles de son environnement. Chez l’enfant en particulier, un cadre protecteur, des relations de confiance et la présence d’adultes capables de reconnaître et de soutenir ses ressources peuvent l’aider à poursuivre son développement malgré l’adversité. Comme le montrent les parcours de Sofia, Youssef et Ali, les difficultés ne disparaissent pas nécessairement. Mais de nouveaux appuis, de nouvelles compétences et de nouvelles perspectives peuvent émerger.
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