Depuis près de 40 ans, la résilience des enfants est au cœur de la réflexion et de l’action du BICE. En 2015, cette expérience a conduit au développement d’un programme spécifique de formation de tuteurs de résilience, avec l’apport scientifique de l’Université catholique du Sacré-Cœur de Milan, membre de son réseau. Depuis, plus de 2 500 professionnels ont été formés et plus de 100 000 enfants accompagnés.
Dans un cadre de nécessité extrême, répondre aux besoins fondamentaux est essentiel mais ne suffit pas ! Le bien-être moral des enfants, leur santé mentale ne doivent pas être oubliés. Les formations Tuteurs de résilience sont là pour aider les partenaires du BICE à prendre en charge cette partie essentielle.
Veronica Hurtubia, pédagogue auprès de l’Unité de recherche sur la résilience à l’Université catholique du Sacré Cœur de Milan.
Qu’est-ce qu’un tuteur de résilience ?
Le concept de « tuteur de résilience », notamment développé dans le champ psychosocial et éducatif par le neuropsychiatre Boris Cyrulnik, désigne « une personne, un lieu, un événement, un objet, une œuvre d’art qui provoque une renaissance du développement psychologique après un traumatisme ». Dans le cadre de l’accompagnement des enfants, le tuteur est avant tout une personne qui devient un point d’appui dans leur parcours.
Son rôle n’est pas d’effacer les blessures ni de « réparer » l’enfant, mais de l’aider à mobiliser ses propres ressources et celles de son environnement pour faire face à l’adversité et poursuivre son développement. Par son écoute, sa disponibilité et une présence bienveillante, le tuteur crée une relation de confiance dans laquelle l’enfant peut s’exprimer à son rythme, se sentir reconnu et retrouver progressivement sa capacité d’agir.
Il peut notamment l’aider à mettre des mots sur ce qu’il vit, à reconnaître ses émotions et à identifier ses points d’appui : ses capacités personnelles, mais aussi sa famille, ses amis, son école ou sa communauté. L’objectif reste de l’accompagner sans se substituer à lui ni décider à sa place de ce qui est bon pour lui.
Pour illustrer cet écueil, la psychologue et formatrice Alda Ségla utilise lors des formations la fable du singe et du poisson : croyant sauver un poisson de la noyade, un singe le sort de l’eau…
« Il ne faut pas faire abstraction de l’environnement de l’enfant mais au contraire partir de lui », explique-t-elle.
Le tuteur part donc de la situation de l’enfant, de son histoire et de ses besoins, plutôt que de lui imposer ses propres solutions.
Qui peut devenir tuteur de résilience ?
Un tuteur de résilience peut apparaître spontanément dans l’environnement de l’enfant : un parent, un membre de la famille, un enseignant, un éducateur ou toute autre personne avec laquelle il noue une relation de confiance. On parle alors de tuteur implicite, car cette personne peut jouer un rôle important sans nécessairement en avoir conscience.
À l’inverse, des professionnels de l’enfance peuvent être formés pour adopter consciemment cette posture. Éducateurs, psychologues, travailleurs sociaux ou enseignants deviennent alors des tuteurs explicites de résilience.
Je crois que je ne suis plus le même. Avant la formation, je pensais que la nourriture, les habits les chaussures et les études étaient seulement ce dont les enfants vulnérables avaient besoin. Désormais, je me rends compte qu’en parlant et en les écoutant, les résultats sont importants. On leur apporte une aide essentielle.
Un éducateur en RD Congo après une formation
Mais les professionnels ne sont pas les seuls à pouvoir devenir des tuteurs explicites. En 2022, par exemple, le BICE et l’Université catholique du Sacré-Cœur de Milan ont proposé à 15 jeunes Ukrainiens âgés de 16 à 22 ans une formation inspirée du modèle des tuteurs de résilience. Confrontés eux-mêmes aux conséquences de la guerre, ils souhaitaient apprendre à mieux soutenir leurs pairs, leurs familles et leurs proches.
Qu’apporte la formation du BICE en matière de résilience appliquée ?
Accompagner un processus de résilience demande des connaissances et des outils adaptés. Les formations du BICE associent théorie et mise en pratique autour de plusieurs dimensions : compréhension de la résilience et des traumatismes, identification des ressources de l’enfant, prise en compte de ses émotions et de son environnement. Elles invitent surtout à changer de regard sur l’enfant, en considérant non seulement ses blessures et ses fragilités, mais aussi ses ressources et ses possibilités de développement.
Exercices, études de situations et outils pédagogiques leur permettent ensuite de réfléchir à leur propre manière d’accompagner les enfants et aux moyens de l’améliorer.
Les participants – éducateurs, psychologues, travailleurs sociaux, enseignants… – apprennent également à animer des ateliers de résilience (Sous l’orage, les 5 doigts de la main, le drapeau du groupe, etc.) et à en analyser les résultats.
J’ai appris comment écouter, comment identifier les problèmes que peuvent avoir les élèves. Cela va me permettre de changer ma façon de travailler.
Une enseignante au Mozambique après une formation
Une attention est aussi portée aux professionnels eux-mêmes. Accompagner quotidiennement des enfants confrontés à des situations particulièrement difficiles peut provoquer fatigue, tensions ou découragement. Identifier et préserver ses propres ressources fait donc également partie de la démarche.
Les formations sont ensuite prolongées par un accompagnement à distance permettant aux participants d’échanger sur la mise en pratique des outils et les difficultés rencontrées sur le terrain.
Un exemple concret
Une dizaine de travailleurs sociaux, éducateurs et volontaires ont été formés à Bethléem en Cisjordanie en avril 2025, avec les associations Francesco Realmonte et Pro Terra Sancta.
Animées par Verónica Hurtubia, de l’Université catholique du Sacré-Cœur de Milan, deux premières journées ont été consacrées à la résilience, au rôle du tuteur et aux outils pouvant être utilisés auprès des enfants. Une troisième journée a permis aux participants de les mettre en pratique avec un groupe de dix enfants.
Ils ont notamment utilisé UGA, la tortue résiliente, un livre sans texte qui favorise l’identification aux personnages et l’expression des émotions. Une petite fille habituellement en retrait a alors spontanément confié devant le groupe : « Je me sens comme UGA, avec sa carapace… sa carapace cassée. »
Cette expérience montre comment des outils simples peuvent ouvrir un espace de parole et aider les professionnels à mieux accompagner l’expression des enfants. Après la formation, des temps de suivi ont été prévus pour soutenir les participants dans la mise en pratique des acquis.
Multiplier les tuteurs de résilience
Bethléem n’est qu’un exemple parmi les formations à la résilience organisées par le BICE et ses partenaires dans différents pays. Depuis 2015, près de 50 formations ont été menées, afin de multiplier les personnes capables de soutenir les enfants fragilisés par des expériences difficiles.
La formation des tuteurs de résilience constitue l’un des volets de l’action du BICE. Avec ses partenaires, l’association mène également des projets d’accompagnement directement auprès des enfants, notamment en Ukraine, en Arménie ou en RD Congo.
Bibliographie
Castelli C. (2015). Tutori di Resilienza. Educatt.
Cyrulnik B. (1999). Un merveilleux malheur, O. Jacob.
Cyrulnik B. (2003). Comment un professionnel peut-il devenir un tuteur de résilience, in B. Cyrulnik, Cl. Seron : La résilience ou comment renaître de sa souffrance, pp. 23-43.
Forés A. & Grané, J. (2012). La resiliencia en entorno socioeducativos. Narcea Ediciones.
Madariaga J. M. (2014). Nuevas miradas sobre la resiliencia : ampliando ámbitos y prácticas. Editorial Gedisa,.
Munist M., Suárez, B., & Alonso, M. (2018). ¿De qué hablamos cuando hablamos de resiliencia comunitaria? In M. Simpson, M. Munist, E. Santa Cruz, M. Kotliarenco, E. Klasse, & A. Melillo (Eds.), Resiliencia comunitaria (p. 360). Editorial Dunken.
Rubio J. L. & Puig G. (2015). TUTORES DE RESILIENCIA. Gedisa.
Sánchez A. & Gutiérrez L. (2016). Criterios de resiliencia entrevista a Boris Cyrulnik. Gedisa.
Ungar M. (2018). What Works: A Manual for Designing Programs that Build Resilience.
Välikangas L. (2010). he resilient organization : how adaptive cultures thrive even when strategy fails.
