Une famille aimante, un ami sur lequel compter, un enseignant attentif, la foi, l’humour ou encore la capacité à imaginer un avenir meilleur peuvent aider un enfant à traverser une situation difficile. À l’inverse, une faible estime de soi, des difficultés à gérer ses émotions, une addiction, l’isolement, des relations néfastes, la violence ou une situation de grande précarité peuvent fragiliser son parcours.
Ces éléments sont appelés facteurs de résilience et de non-résilience. Ils permettent de mieux comprendre ce qui, à un moment donné de la vie, peut soutenir ou au contraire entraver un processus de résilience.
Sofia, 15 ans, accompagnée par l’un des partenaires du BICE au Pérou, parle des facteurs qui l’ont fragilisée
« J’avais 6 ans quand mon père m’a séparée de ma mère et m’a emmenée vivre dans une autre ville. J’ai compris alors que mon père était une mauvaise personne et un voleur. Une découverte douloureuse pour une petite fille. Il buvait beaucoup et dès que je demandais des nouvelles de ma mère, il me battait… Plusieurs mois plus tard, mes parents se sont remis ensemble. Mais rapidement, mon père a recommencé à crier sur ma mère, à la frapper. Vous ne pouvez pas imaginer combien j’ai souffert de cette situation. Savoir que l’homme qui était mon père menaçait la vie de ma mère… J’avais 11 ans quand j’ai quitté l’école, ma mère pour rejoindre des jeunes qui vivaient dans la rue. J’ai commencé à me droguer, à voler… Je détestais être comme ça mais ne savais pas comment faire autrement… Je ne souhaite à aucun enfant ce que j’ai vécu. Et surtout si vous voyez quelqu’un à qui cela arrive ou si cela vous arrive, demandez de l’aide, ne vous taisez pas. Parce que le silence est complice de tout. »
Des facteurs qui évoluent au cours de la vie
Les chercheurs ont d’abord parlé de facteurs de risque et de facteurs de protection. Les premiers désignent des événements, des conditions ou des expériences susceptibles d’avoir des conséquences négatives sur le développement physique, cognitif, social ou émotionnel d’une personne. Les seconds correspondent aux ressources, aux compétences et aux situations qui peuvent l’aider à faire face à ces difficultés.
Mais la présence de facteurs de risque ne conduit pas nécessairement à une issue négative. De même, accumuler les facteurs de protection ne garantit pas qu’une personne surmontera une épreuve. Ces dernières années, notamment à partir du modèle holistique développé par Gloria Gil, les notions de « facteurs de résilience » et de « facteurs de non-résilience » se sont donc développées. Elles permettent de mieux rendre compte de la complexité des situations.
Car aucun facteur n’est protecteur ou néfaste en toutes circonstances. Comme le souligne Stefan Vanistendael, sociologue et longtemps responsable de l’Unité Recherche et Développement du BICE, ces facteurs sont flexibles et dépendent du contexte.
La famille en fournit un exemple particulièrement parlant. Elle représente souvent un soutien essentiel pour l’enfant. Mais lorsqu’elle est marquée par la violence, elle peut au contraire devenir une source de souffrance et d’insécurité. De même, une estime de soi positive constitue généralement une ressource, tandis qu’une estime excessive de soi peut compliquer les relations avec les autres. La foi et la spiritualité peuvent apporter espérance, sens et réconfort, mais elles peuvent aussi devenir néfastes lorsqu’elles sont détournées ou instrumentalisées.
Qu’est-ce qui peut aider un enfant à être résilient ?
Ressources internes
Les facteurs de résilience se trouvent dans plusieurs dimensions de la vie de l’enfant. Ils peuvent être personnels, familiaux ou communautaires, et surtout se renforcer mutuellement.
Sur le plan personnel, la créativité, les compétences sociales, la capacité à gérer ses émotions, l’estime de soi, l’altruisme ou encore le sens de l’humour peuvent constituer des ressources. La possibilité de se projeter dans l’avenir, de nourrir des rêves ou de conserver une espérance joue également un rôle. Pour certains enfants, la spiritualité ou la foi apporte un soutien important.
À 15 ans, alors que je rentrais des champs avec mes sœurs, j’ai été enlevée par des hommes armés. On m’a mariée avec le chef de ce groupe rebelle et je suis tombée enceinte… Un jour, pendant des affrontements avec un autre groupe armé, j’ai réussi à m’enfuir. J’ai marché plusieurs heures, de nuit dans la brousse, avec mon bébé d’un an et demi dans les bras. Quand je suis enfin arrivée dans mon village, fatiguée, malnutrie, sale, ma famille m’a rejetée. Mon enfant et moi, nous représentions le mal, la honte… Croire en Dieu m’a aidée à tenir. Je me disais que je n’étais pas seule. Et puis, un dimanche, à la sortie de l’église, un prêtre m’a parlé de Cœur sans frontières (CSF). CSF m’a trouvé une famille d’accueil et m’a accompagnée sur les plans de la santé, social, psychologique. Il m’a aidée à retrouver espoir en la vie, à accepter mon enfant que je n’aimais pas jusqu’alors, à m’accepter aussi. J’ai reçu une formation en couture. Tout cela m’a redonné espoir.
Fabienne, 17 ans, RDC, soutenue par l’un des partenaires du BICE en RDC
Ressources externes
L’environnement familial peut lui aussi offrir des points d’appui essentiels : se sentir aimé et écouté, pouvoir parler de ses difficultés, partager des moments ou savoir qu’un proche sera présent en cas de besoin.
Enfin, la résilience peut se nourrir des relations qui se construisent en dehors de la famille. Un ami, un enseignant, un éducateur ou un autre adulte de confiance peut aider un enfant à reprendre confiance. L’accès à l’école, à des espaces de loisirs sûrs et à un groupe dans lequel il trouve sa place contribue également à créer un environnement favorable.
C’est ici qu’intervient notamment la notion de tuteur de résilience : une personne préalablement formée et qui, par sa présence, son écoute et la relation de confiance qu’elle instaure, aide l’enfant à mobiliser ses ressources internes et externes.
Renforcer les ressources plutôt que réduire l’enfant à ses difficultés
Face à une même épreuve, deux enfants peuvent évoluer différemment. Chacun a ses ressources, mais ils ne parviennent pas forcément de la même manière à repérer et à mobiliser les appuis, en eux-mêmes ou dans leur entourage, qui peuvent les aider.
Aider un enfant, une famille, une communauté à identifier leurs facteurs de résilience et de non-résilience est donc une étape essentielle de l’action du tuteur de résilience. Il ne s’agit pas de dresser une liste figée de forces et de faiblesses, mais d’observer les ressources existantes et celles qui peuvent être développées.
Voici tout l’enjeu de l’approche portée par le BICE : ne pas définir un enfant par les épreuves qu’il a vécues, mais découvrir, avec lui, les ressources sur lesquelles il peut s’appuyer pour poursuivre son chemin.
Parents, proches, enseignants, éducateurs et professionnels peuvent alors agir comme facilitateurs de résilience. Leur rôle consiste notamment à renforcer les relations positives, favoriser l’expression de l’enfant, soutenir ses compétences et ses projets et créer un environnement dans lequel il peut progressivement retrouver confiance et se projeter dans l’avenir.
Découvrez en quoi consiste le rôle de tuteurs de résilience, la différence entre les tuteurs implicites et explicites, et comment le BICE les forme, dans notre page consacrée aux tuteurs de résilience.
Tableau : quelques exemples de facteurs de résilience et de non-résilience
Facteurs de résilience | Facteurs de non-résilience | |
Personnels | – Compétences cognitives (intelligence, créativité, résolution de problèmes) – Compétences sociales – Intelligence émotionnelle et gestion des émotions – Altruisme et capacité à aider les autres – Projection dans l’avenir, espérance, rêves et idéaux – Valeurs telles que l’honnêteté, la solidarité, le partage – Spiritualité, croyances religieuses – Sens de l’humour – Estime de soi positive | – Troubles mentaux – Addictions – Faible estime de soi – Mauvaise gestion des émotions – Besoins fondamentaux non satisfaits (malnutrition) |
Familiaux | – Communication entre les membres de la famille – Soutien familial – Rituels familiaux (célébrer les anniversaires, dîner ensemble, etc.) | – Proches atteints d’une maladie ou souffrant d’une addiction – Mauvaise communication entre les membres de la famille – Manque de réseau de soutien – Violence domestique – Chômage |
Communautaires | – Réseaux sociaux sains : amis, voisins, groupes de pairs. – Tuteurs ou facilitateurs de résilience – Espaces de loisirs sûrs – Accès à l’éducation | – Manque de réseau de soutien – Réseaux à risque – Discrimination – Isolement social – Violence, mauvais traitements et abus – Machisme, culture patriarcale – Travail des enfants |
Bibliographie
Mateu Pérez R., García-Renedo M., Gil Beltrán J.M. & Caballer Miedes A. (2010). ¿Qué es la resiliencia? Hacia un modelo integrador. Fòrum de Recerca, 15, pp. 231–248.
Puig, G. & Rubio J.L. (2011). Manual de resiliencia aplicada. Gedisa.
Rutter M. (1993). Resilience: Some conceptual considerations. Journal of Adolescent Health, 14(8), pp. 626–631.
Ungar M. (2012). The Social Ecology of Resilience: A handbook of theory and practice (M. Ungar (ed.)). Springer New York.
Vanistendael S. & Lecomte J. (2006). La felicidad es posible. Gedisa.
Vanistendael S. (2015). La Résilience ou le réalisme de l’espérance : Blessé, mais pas vaincu. Ed.actualisée, Les Cahiers du BICE.
