« La formation a changé ma vie et celle de ma famille. Aujourd’hui, nous avons de quoi acheter de la nourriture, du savon ou des médicaments. Mes enfants peuvent aller à l’école », témoigne Chantal, 28 ans, bénéficiaire d’un programme précédent. Depuis quelques années, la jeune femme élève seule ses trois enfants. Elle subvient aussi aux besoins de ses parents, trop âgés pour travailler, et de ses frère et soeur, sans activité rémunératrice. Une situation extrêmement difficile jusqu’à ce que Chantal reçoive, fin 2023, le soutien de FMSI qui l’inscrit à la première formation de couture organisée au centre culturel Champagnat de Koumra. Comme pour une centaine d’autres bénéficiaires, cette main tendue la sort de la misère.
Obligés de partir loin pour trouver un emploi
Dans cette région rurale très pauvre du sud du Tchad, « beaucoup de jeunes, filles ou garçons, sont sans perspective d’emploi », explique le frère Ngardoum Nandoumangar, coordinateur du projet. Faute d’opportunités locales, nombreux sont ceux qui quittent leur famille et leur village pour tenter leur chance dans les villes du nord. Mais ils y trouvent davantage de souffrance que d’espoir. « Beaucoup sont victimes de maltraitances de la part de leurs employeurs, dorment dans la rue et sont exposés à toutes sortes de danger. En ville, les jeunes filles sont souvent contraintes de se prostituer », déplore-t-il.
Face à cette situation, offrir aux jeunes des opportunités pour devenir autonomes est primordial. D’où l’importance de ce projet, centré pour l’instant sur les filles. « Elles sont plus vulnérables. Notamment les très jeunes mamans », précise le frère Ngardoum. Une nouvelle session de formation à la couture et à la gestion a débuté en 2026 avec le soutien du BICE. Une soixantaine d’adolescentes et de jeunes âgées de 14 à 21 ans y participent. « Il est important d’intervenir tôt et de les accompagner pour qu’elles apprennent à gérer leur atelier et leurs revenus. Les protéger des violences est tout aussi essentiel », explique Marie-Laure Joliveau, chargée de projets au BICE.
« Donner ce que j’ai reçu »
Un volet de sensibilisation est également prévu à travers des rencontres avec les habitants et des émissions de radio. « Nous travaillons avec les familles et les leaders communautaires pour favoriser l’accès des jeunes filles à la formation et promouvoir leur autonomie. Culturellement, beaucoup pensent encore qu’elles sont destinées aux tâches domestiques et à rester à la maison. L’enjeu est donc aussi de faire évoluer les mentalités, commente le frère Ngardoum. Ici, la couture est d’ailleurs plutôt considérée comme une activité masculine. »
À titre indicatif, 152 € financent une machine à coudre (52 € après réduction fiscale)
À la fin de la formation, chaque participante recevra une machine à coudre, du matériel. Et sera épaulée pour le lancement et les premiers mois de son activité. C’est ainsi que Chantal avait démarré la sienne à son domicile. Aujourd’hui, elle nourrit un nouveau rêve : « Avoir mon propre atelier de couture avec mes machines et former à mon tour des jeunes mères pour donner ce que j’ai reçu. »
