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4 novembre 2020 | 18:55

Enfants détenus en Côte d’Ivoire en temps de Covid-19 : quelles solutions ?

Enfants détenus Côte d'Ivoire
Pendant le confinement et à titre de prévention, DDE-CI a accueilli dans son centre des enfants en situation de rue et réalisé avec eux des ateliers résilience. © DDE-CI

Que vivent les enfants privés de liberté en période de pandémie ? Le BICE s'est s’entretenu avec deux jeunes tout juste sortis du Centre d’Observation des Mineurs d’Abidjan. Ils nous décrivent leurs conditions de détention.

C’est dans les locaux de Dignité et Droits pour les Enfants en Côte d’Ivoire (DDE-CI), notre partenaire du programme « Enfance sans Barreaux » (EsB), que nous avons rendez-vous en visioconférence avec deux jeunes placés il y a encore peu au Centre d’Observation des Mineurs (COM) de la prison d’Abidjan. En les attendant, le chargé de programme EsB de DDE-CI, Éric Memel, fait le point sur la période. «Les écoles étant fermées. Beaucoup d’enfants se sont retrouvés livrés à eux-mêmes et ont commis des infractions. Les uns ont volé de quoi manger, d’autres ont été surpris dehors au moment du couvre-feu. Vu qu’au COM, les enfants vivent jusqu’à 17 par cellule, nous avons tout fait pour éviter qu’ils soient enfermés ; en proposant des mesures réparatrices, comme des tâches de ménage au commissariat.»

« La porte de sortie pour les enfants, ce sont les parents »

Avec son équipe, Éric a oeuvré sans relâche pour que des enfants soient libérés de façon anticipée. « La porte de sortie pour eux, ce sont les parents. Pour les retrouver, nous enquêtons dans les quartiers. » C’est ainsi que le timide Audrès a retrouvé la liberté : « Ce sont les gardes qui m’ont prévenu. Je ne savais pas comment exprimer ma joie. Je leur ai dit que jamais je ne reviendrai ici. Maintenant, j’ai envie de reprendre mes études. »

Reprendre ses études, c’est aussi le désir que nous confie Désiré, tout sourire dans l’image un peu brouillée du téléphone. La période du confinement a été dure : « Avant, on faisait du sport, des activités, nos parents venaient nous voir. Quand les visites ont été interdites, on n’avait que très rarement le téléphone pour savoir comment la famille allait. Et puis on avait peur que les nouveaux amènent la maladie. »

Si l’épidémie n’a pas touché le COM, les nouvelles conditions de détention – confinement dans une cellule étroite et surpeuplée, sans aucun contact avec l’extérieur– ont marqué. « Heureusement, raconte Désiré, il y avait des romans et des jeux. On faisait aussi des concours de pompes. Côté nourriture, on était obligé de se contenter de ce qu’il y avait : peu et de mauvaise qualité, mais avec de l’eau, ça passe. »

Développer les mesures alternatives à l’enfermement

« Le COM manque de tout en temps normal, confirme Éric. Avec la pandémie, la situation est encore plus critique. » L’occasion, estime-t-il, de relancer le plaidoyer. « Nous demandons depuis 2014 que le centre soit délocalisé hors de la prison. La promiscuité avec les détenus adultes, la drogue qui circule, ce n’est pas une bonne chose. Les enfants qui y sont détenus sont stigmatisés. Les ONG ont beaucoup fait pour améliorer les conditions de détention, mais les autorités se reposent trop sur leur aide. Nous devons nous désengager sur certains plans et travailler davantage à ce que les mesures alternatives à l’emprisonnement soient privilégiées, comme celles expérimentées pendant le confinement. Nous sommes en train d’établir un répertoire des services susceptibles d’accueillir les enfants pour des travaux d’intérêt général. »

« Merci de penser à nous »

La période a permis également de rapprocher les parents de DDE-CI se réjouit Éric. « Inquiets et sans contact avec leurs enfants, ils viennent d’eux-mêmes. Et comme en ce moment nous ne pouvons pas faire d’activités au COM, nous avons plus de temps pour des séances de guidance parentale avec eux. »

Une des mamans arrive justement avec une petite dans les bras. Son aîné a cassé une boutique avec d’autres jeunes pendant le couvre-feu. Malgré la tentative de trouver une solution à l’amiable, la commerçante a appelé la police. DDE-CI lui apporte un peu de réconfort. « Ici on nous donne des conseils sur la façon d’élever nos enfants et on nous accompagne au parquet pour avoir des nouvelles de notre fils. » Un fils qui ne demande certainement qu’à se racheter, tout comme Désiré et Audrès. Qu’on s’intéresse à eux les touche. « Merci de penser à nous que l’on voit comme des mauvaises personnes, nous disent-ils, et de nous aider à changer. »