Le Burkina Faso traverse actuellement une grave crise humanitaire. Entre attaques terroristes, violences intercommunautaires et conflits armés, la vie des populations civiles est profondément bouleversée. Plus de 6,3 millions de personnes, dont 3,4 millions d’enfants, ont besoin d’une aide humanitaire urgente. Quelque 2 millions, déplacées internes, ont dû quitter leur lieu d’habitation, dont 58 % d’enfants. Des enfants confrontés à une extrême précarité et aux violences sous toutes leurs formes.
Des violations graves des droits de l’enfant
Selon un rapport des Nations unies couvrant la période de juillet 2022 à juin 2024, plus de 2 400 violations graves des droits de l’enfant ont été recensées dans le pays : meurtres, mutilations, enlèvements, recrutements forcés… Le secteur de l’éducation est lui aussi touché. Environ 5 000 écoles ont été contraintes de fermer en raison de l’insécurité, privant ainsi plus de 800 000 enfants de leur droit fondamental à apprendre.
Dans la province du Boulkiemdé, située dans le centre-ouest du pays, où le projet est mis en œuvre, les conséquences des déplacements massifs et de la violence armée se font durement sentir. Et les besoins sont considérables. Dans la seule ville de Koudougou, près de 100 000 personnes déplacées vivent dans des camps ou familles d’accueil. La moitié sont des mineurs, exposés à une extrême pauvreté et à des risques accrus d’exploitation, de violences sexuelles ou basées sur le genre, de traite et de recrutement par des groupes armés.
Un projet autour de la formation professionnelle et de la résilience
Face à cette situation, le projet, mis en œuvre sur 12 mois à partir de janvier 2026, propose à 50 adolescents âgés entre 15 et 17 ans (dont 20 filles) une alternative concrète : apprendre un métier, se reconstruire après un parcours de vie traumatisant et se projeter de nouveau dans l’avenir.
Fondé sur la méthodologie holistique développée par le BICE, ce projet combine ainsi accompagnement psychosocial, formation professionnelle et soutien à la parentalité. Il s’adresse à des jeunes particulièrement vulnérables (en situation de rue, de rupture familiale, ayant été conflit avec la loi, victimes de violences, déplacés internes…), accueillis au sein de deux centres du foyer Nong-Taaba, préalablement formé et accompagné par le BICE, l’un à Koudougou ouvert aux garçons, l’autre à Sabou destiné aux filles.
Les grands axes de cette initiative de 12 mois
Parmi les actions centrales déployées :
- 8 mois de formation professionnelle dans l’un des domaines adaptés au marché local : soudure, tissage et fabrication de pagnes kokodonda, coupe-couture, mécanique, élevage, électricité-bâtiment, maraîchage et métiers liés à l’eau.
- 2 mois de stage dans le secteur choisi.
- 2 formations sur l’entrepreneuriat et la gestion financière
Ces trois temps permettront de fournir aux bénéficiaires les compétences techniques et pratiques, ainsi qu’une première expérience nécessaires pour accéder à un emploi ou créer leur propre activité.
- 12 ateliers de résilience pour renforcer les compétences psychosociales des jeunes : expression des émotions, prise de confiance en soi, meilleure connaissance de ses facteurs de résilience internes et externes et de ses facteurs de non-résilience, gestion du stress, projet de vie…
- 9 rencontres sur la prévention des addictions et de la délinquance, sur l’engagement citoyen, sur la vie affective et sentimentale.
- 25 recherches familiales et 25 médiations parent-enfant, réalisées pour faciliter le renouement des liens des familles à proximité. Chaque famille bénéficiera de surcroît d’une séance de guidance parentale, individuelle ou collective, adaptée à ses besoins spécifiques.
- 8 ateliers de parentalité (15 à 20 participants chacun) à destination de 50 parents. Ces sessions renforceront leurs compétences éducatives, amélioreront les relations intrafamiliales et créeront un environnement favorable à la réintégration et au bien-être des adolescents.





Un ancrage local et institutionnel fort
Le projet s’appuie sur un réseau communautaire diversifié et engagé. Et une collaboration étroite entre le foyer Nong-Taaba et les autorités locales, notamment la Direction régionale du ministère de l’Action humanitaire et de la Solidarité nationale qui lui a confié ces enfants vulnérables. Cette coopération doit mener à la reconnaissance officielle des formations et à leur validation diplômante. Cela permet également un meilleur référencement officiel de ces enfants vulnérables.
Issouf, 16 ans : « Ici, j’ai retrouvé confiance »
Ayant bénéficié de plusieurs sessions de formation consacrées à l’approche résilience et à la parentalité responsable, organisées par le BICE en 2024 et 2025, le foyer Nong-Taaba a déjà expérimenté ce protocole d’accompagnement. Témoignage de Issouf, 16 ans, l’un des bénéficiaires, recueilli par le foyer alors qu’il vivait dans la rue :
« Je vivais dans la rue, ne sachant pas où aller, lorsque les services de l’action sociale m’ont repéré. J’ai été placé au foyer où je suis bien pris en charge. J’ai participé à plusieurs ateliers de résilience et à des jeux psychosociaux qui m’ont redonné confiance et renforcé ma capacité à surmonter les épreuves. Et puis, j’ai été inscrit à un atelier de soudure. Cela m’a redonné le goût d’apprendre et l’envie de reprendre l’école que j’avais abandonnée en classe de CM2. Avec l’aide du Foyer, j’ai pu me présenter en candidat libre à l’examen du Certificat d’Études Primaires, que j’ai réussi. Aujourd’hui, je souhaite continuer mon apprentissage en soudure dans un atelier tout en poursuivant mes études. J’ai déjà acquis de nombreuses compétences pratiques : fabriquer des portes, fenêtres, tables, charpentes, peindre, etc. »
