Rompre la solitude des enfants en situation de handicap - BICE - ONG de protection des droits de l'enfant
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Enfants en situation de handicap et bénévole
© CPC

Rompre la solitude des enfants en situation de handicap

Ils se comptent encore par milliers, ces enfants atteints de handicap qui vivent dans les internats de l’ancienne URSS. Depuis des années, le BICE et ses partenaires russes, le Centre de pédagogie curative (CPC) et Perspektivy, travaillent à sortir ces enfants de leur enfermement. Et cela, grâce notamment à l’implication bouleversante de bénévoles. Rencontre avec l'une d'entre eux, Daria.

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Le BICE est engagé de longue date dans la désinstitutionnalisation des enfants en situation de handicap. En Russie, ces enfants grandissent bien souvent sans véritables soins ni attention dans des internats d’État, hérités de l’ère soviétique. La tâche est ardue car c’est tout un système qu’il faut repenser et cette réforme nécessaire est peu avancée. Les institutions sont en effet financées par l’État et les subventions octroyées sont fonction du nombre d’enfants pris en charge. Par conséquent, plus la désinstitutionnalisation, souhaitée, progresse, plus les moyens en personnel et équipement se réduisent pour les enfants encore en internat. Le soutien d’associations comme nos partenaires à Moscou et Saint-Pétersbourg est donc essentiel. Il permet souvent de changer la vie des enfants.

Manque de soins et de liens affectifs

« Changer une vie », tel est d’ailleurs le nom du projet du BICE qui a démarré en 2019 dans sept internats russes, à la suite du précédent projet mené de 2016 à 2018. L’un de ses objectifs est de vérifier l’application des directives gouvernementales : les visites familiales sont-elles encouragées ? Les enfants reçoivent-ils des soins adaptés ? Sont-ils régulièrement sortis de leur lit pour participer à des activités ? Ce premier état des lieux a fait apparaître de gros manques en termes de soins, d’accompagnement et de liens affectifs avec des adultes de référence. À tel point que certains enfants sombrent dans la dépression et ne s’alimentent plus.

Un souffle de vie grâce aux bénévoles

Le recours à des bénévoles auprès des enfants est apparu comme une clé pour combler ces manques. C’est ainsi que Daria, 26 ans, s’est lancée dans l’aventure il y a deux ans avec notre partenaire à Saint- Pétersbourg. Un stage dans une colonie de vacances, avec des enfants en situation de handicap, et son premier emploi comme institutrice dans une classe inclusive l’avaient sensibilisée à la cause de ces enfants.

Pendant un an, tous les samedis, elle s’est investie comme bénévole à l’internat de Pavlovsk. « Ce qui m’a frappée quand je suis arrivée dans le bâtiment, c’est le silence total qui y régnait, raconte-t-elle. J’ai très vite su pourquoi : les enfants avaient renoncé à gémir ou crier vu que personne ne répondait à leurs appels. » Comme les autres bénévoles, Daria, après une brève formation, se voit confier un groupe de quatre jeunes garçons. « Je voulais être plus qu’une bénévole pour eux, une véritable amie. Je les emmenais au parc, ce que les aides-soignants, trop peu nombreux, ne pouvaient faire. Très vite, nous avons remarqué que les enfants se mettaient à sourire. L’un d’eux, à qui j’avais montré comment utiliser son fauteuil, a commencé à se déplacer tout seul. »

Les conséquences du confinement

Après cette année, Daria est embauchée par notre partenaire comme assistante sociale au sein de l’internat. Début 2020, quand le confinement est déclaré dans la ville, les visites sont suspendues. Certains bénévoles choisissent alors de venir vivre à l’internat de 15 jours en 15 jours. Daria, elle, décide d’accueillir un enfant chez elle. C’est ainsi que Svetogor, petit garçon de 7 ans qui a toujours refusé de participer aux activités de groupe, entre dans sa vie. Les liens qu’ils nouent sont si forts que la jeune femme décide de devenir sa tutrice. Svetogor habite désormais chez elle et passe ses journées, avec d’autres enfants, en participant aux activités éducatives de l’internat.

« Tutrice, c’est un engagement à vie », confirme Daria avec un sourire radieux. Si elle n’est aujourd’hui pas mariée, la jeune femme n’exclut pas de fonder un jour une grande famille. Une famille dont Svetogor fera partie. Leur histoire, exceptionnelle, n’est pas unique. Dans le cadre de ces projets d’ouverture des orphelinats, il arrive en effet que des éducateurs ou des bénévoles deviennent familles d’accueil, et même parents adoptifs des enfants.

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