Notre mission :

Défendre les droits et la dignité des enfants partout dans le monde

6 juillet 2017 | 13:52

Rencontre avec Blanca Fuentes, coordinatrice du projet socio-éducatif de Chinautla

Rencontre avec Blanca Fuentes, coordinatrice du projet socio-éducatif de Chinautla
©BICE

A l’occasion du Congrès du Bice sur l’éducation, Blanca Fuentes, présidente de la Fondation Pedro Poveda et coordinatrice du projet socio-éducatif de Chinautla « Xajanaj Kahalepana » (Guatemala) revient sur les activités du centre.

Dans quel contexte le projet socio-éducatif de Chinautla s’est-il créé ?

Blanca Fuentes : Chinautla est un quartier marginal populaire, avec une population très jeune composée de familles indigènes pocomanes et métissées. Les inégalités sociales sont fortes dans cette région qui subit, plus qu’une autre, la violence structurelle du pays. Les enfants vivent dans des conditions de pauvreté extrême : ils n’ont pas accès à l’éducation et sont particulièrement vulnérables aux dangers de la rue (drogues, abus de toutes sortes…).
Créé en 2005 par la Fundación Pedro Poveda, le projet socio-éducatif est né d’un diagnostic participatif mené avec les leaders communautaires. Il fallait offrir aux enfants un espace éducatif qui leur donne accès aux livres et à un soutien scolaire et qui soit également un lieu sûr de partages et d’échanges. Depuis cette année, le BICE collabore au projet en apportant son soutien technique et financier.

Quelles sont les activités proposées par le projet socio-éducatif de Chinautla ?

En plus de la bibliothèque et du soutien scolaire initialement prévus, des activités éducatives alternatives se sont mises en place. Toujours dans le même but : ouvrir un avenir aux enfants.

Le tutorat scolaire : Le projet socio-éducatif de Chinautla propose aux jeunes en situation d’abandon scolaire un accompagnement (apoyo tutorial) pour faire valoir leur droit à une éducation de qualité. On entend par là une éducation participative, qui tienne compte de leur contexte de vie et soit proche de leurs centres d’intérêt. Ainsi l’enfant se sent important, prend conscience de ses capacités et apprend à cheminer avec d’autres enfants. Cet accompagnement scolaire doit permettre, à terme, un retour dans le système éducatif formel, ce qui est le cas pour 80% des jeunes suivis !

La ludothèque : dans cet espace, garçons et filles retrouvent leur droit au jeu, essentiel à leur développement. C’est aussi un espace de convivialité où les enfants apprennent dès leur plus jeune âge à se connaître, à vivre ensemble et à partager. Il revêt une importance tout particulière pour les petites filles qui secondent bien souvent leur mère dans les tâches ménagères à la maison et sont de ce fait privées de tout temps récréatif. En charge de la garde de leurs frères et sœurs, il n’est pas rare de les voir arriver à la ludothèque, accompagnées de toute leur fratrie, du plus grand au plus petit !

La batucada : le projet socio-éducatif de Chinautla a aussi pour mission d’éveiller les enfants à leurs droits et de les inciter à agir pour les faire respecter. Les adolescents peuvent ainsi participer à des ateliers de connaissance personnelle, artistiques et à des formations sur leurs droits. Un groupe de percussions la Batucada s’est également formé qui anime des manifestations dans les rues pour le droit à l’eau, la lutte contre les violences faites aux enfants…

Enfin, le centre propose une salle informatique, des ateliers artistiques, un soutien nutritionnel, des formations pour les professeurs de 11 écoles publiques de la région… : chaque nouveau pas est fait car la réalité le demande.

Quels sont les défis pour demain ?

Deux défis majeurs subsistent.
1. Continuer à prémunir les enfants et les adolescents contre la violence qui est permanente dans la rue.
2. Apporter aux jeunes filles une formation sexuelle intégrale afin qu’elles connaissent leurs droits et qu’elles sachent que leur corps leur appartient. Trop de jeunes filles se retrouvent enceintes, souvent après avoir été violées et sans rien connaître aux pratiques sexuelles. Il faut qu’elles puissent choisir de continuer leurs études et se construire un projet de vie.