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Colombie formation boulangerie dans le cadre du projet Trazando Futuros
© RTC

Bogota. Aider des jeunes en rupture sociale ou victimes de violences à redessiner leur futur

En Colombie, un projet d'accompagnement éducatif et professionnel transforme la vie de jeunes ayant été en conflit avec la loi ou en situation de grande vulnérabilité*. Grâce à une formation en boulangerie-pâtisserie et à un encadrement bienveillant, ils reprennent pied dans la société.

L’équipe de rédacteurs. Publié le
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Dans le quartier de Suba, à Bogota, l’odeur du pain chaud flotte autour de la boulangerie Bethléem (la maison du pain, en français), gérée par les Religieux Tertiaires Capucins (RTC), partenaires du BICE. Mais ce qui s’y concocte va bien au-delà des fournées dorées et des douceurs sucrées. Ce lieu d’apprentissage aide en effet de jeunes colombiens à se reconstruire et à se projeter dans l’avenir.

« Avant, je pensais que je ne servais à rien. Mais ici, j’ai vu que je savais faire quelque chose et que je pouvais le faire bien », confie un jeune diplômé en pâtisserie-confiserie. Comme lui, plus de 720 jeunes ont bénéficié entre janvier 2022 et décembre 2024 du projet Trazando Futuros (Dessiner des futurs), piloté par les RTC et le BICE, en partenariat avec les autorités colombiennes.

Ce programme, développé dans un contexte de recrudescence de la pauvreté et des tensions sociales, exacerbées notamment par la pandémie de covid-19, visait à offrir une alternative concrète à des jeunes sortant du système pénal ou victimes de violences. Trois ans plus tard, les résultats sont là. Près de 89 % des bénéficiaires ont obtenu leur diplôme en boulangerie. Et 82 % celui en pâtisserie. Enfin, 41 % d’entre eux ont déjà réussi à s’insérer durablement sur le marché du travail.

Soutien psychosocial, éducation, formation professionnelle

« Tout repose sur le fait que le soutien proposé est holistique. Le travail psychosocial mené avec les jeunes côtoie l’apprentissage de nouvelles compétences professionnelles. Pour les aider à construire un projet de vie durable, loin des contextes à risque, il est indispensable de leur faire prendre conscience des conséquences de leurs actes, de les accompagner vers un chemin de résilience et de leur proposer une formation pour favoriser leur autonomisation économique, explique Alessandra Aula, secrétaire générale du BICE. Sans option pour gagner leur vie autrement que par des réseaux de délinquance, il est quasi impossible de les extraire de cet environnement. »

Ainsi, chaque jeune apprend à préparer toutes sortes de pains, des viennoiseries ou encore des empanadas à la viande (un chausson, une spécialité locale). Et pour ceux qui choisissent l’option pâtisserie, des mille-feuilles, cheese-cakes, tartelettes, biscuits et autres panettones. En parallèle, ils sont formés à la création d’une micro-entreprise, à la relation avec la clientèle, à l’utilisation professionnelle des réseaux sociaux. Et travaillent sur leurs compétences sociales, émotionnelles et relationnelles.

« J’ai obtenu mon diplôme, ma maman m’a souri »

« J’ai trouvé très utile la session sur le service car nous devons nous occuper de clients qui sont d’humeurs et de tempéraments différents. Il est donc essentiel d’apprendre à gérer avec calme et politesse toutes sortes de situations particulières », précise une bénéficiaire et un autre d’ajouter : « En boulangerie, tout a un temps bien précis : le pétrissage, la cuisson… Il faut faire preuve de discipline, de constance pour y arriver. J’ai beaucoup appris. »

Un retour progressif à l’éducation est également mis en place pour ceux qui le souhaitent via la Escuela sin Fronteras (école sans frontières), un modèle de scolarité flexible adapté aux jeunes déscolarisés. Au total, 154 adolescents ont pu renouer avec un parcours éducatif, abandonné pour la plupart depuis plusieurs années. « En participant à ces cours, je me suis rendu compte que je n’étais pas seulement bon à voler, mais que j’avais d’autres capacités, que je réussissais même bien à l’école. Quand on regarde les choses autrement, la vie peut prendre une autre tournure », confie l’un d’entre eux. « Au début, je ne voulais rien faire, raconte un autre jeune. Mais quand j’ai vu mes camarades obtenir un diplôme, je me suis investi. J’avais arrêté l’école en 5e et j’avais déjà 17 ans, mais le professeur m’a aidé, m’a montré que je pouvais y arriver si je travaillais. J’ai obtenu mon diplôme, ma maman m’a souri. Comme quoi, les choses peuvent changer. »

Une initiative reconnue, un modèle à pérenniser

Aujourd’hui, les bénéfices du programme Trazando Futuros sont largement reconnus par les juges pour mineurs, les travailleurs sociaux de l’Institut colombien du bien-être familial et les familles. Le salon annuel organisé par les RTC permet également de mettre en valeur auprès de la communauté les produits fabriqués par les jeunes. Et les retours sont très positifs : « C’est excellent. J’ai adoré la variété et la qualité. »

Des visites dans les maisons de retraite participent au même objectif, tout en recréant du lien social : « Au début je ne voulais pas y aller, mais j’ai été très heureux de voir les personnes âgées manger les panettones que nous avions apportés, parce que j’ai vu le bonheur sur leur visage. Et elles m’ont dit ‘merci beaucoup’. En fait, elles sont oubliées, personne ne se soucie d’elles. C’était comme pour nous et ce sentiment de pouvoir aider quelqu’un d’autre m’a fait du bien. »

Reconnu comme une prise en charge socio-pédagogique efficace, le projet vient de démarrer une nouvelle phase de trois ans. Y sera ajouté le suivi d’un groupe de jeunes une fois entrés sur le marché du travail. L’autonomisation progressive de la boulangerie Bethléem** sera également une priorité.


* Ce projet est ouvert aux adolescents qui sont confiés aux RTC par le système de responsabilité pénale des adolescents (SRPA) pour réaliser une mesure alternative à la détention, ainsi qu’aux jeunes des programmes de protection (jeunes victimes de violences ou à risque) confiés par le défenseur de la famille de l’Institut colombien du bien-être familial (ICBF).

** Les autorités sanitaires ont officiellement reconnu la qualité des produits de la boulangerie en janvier 2025, permettant leur commercialisation à grande échelle.

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