À Djékanou, de nombreuses familles sont confrontées à des difficultés économiques qui pèsent sur leur quotidien. La hausse persistante du coût de la vie fragilise davantage les ménages les plus précaires et réduit leur capacité à répondre aux besoins essentiels de leurs enfants. Une situation qui compromet leurs conditions de vie et leur avenir.
Dans ce contexte, l’école maternelle et élémentaire Sainte-Bernadette, de la Congrégation des sœurs de la Charité de Nevers, soutenue par le BICE, s’attache à offrir à ses élèves un cadre qui prend en compte toutes les dimensions de leur développement. Elle associe ainsi apprentissages scolaires, écoute, alimentation, accessibilité, tout en impliquant les parents.
Bilan d’une année d’action
Cette approche porte ses fruits. À l’issue de l’année scolaire 2025-2026, 92 % des élèves du primaire sont passés dans la classe supérieure et le taux de réussite au CEPE (Certificat d’études primaires élémentaires) a atteint 100 %. Au-delà de ces résultats, des évolutions positives ont également été constatées dans le comportement des enfants, leurs relations avec les autres et leur autonomie.
« L’aide que nous recevons du BICE est une bouffée d’air pour la population de Djékanou et des zones environnantes. Grâce à ce projet, nous avons pu atteindre des enfants de certains villages éloignés qui peuvent désormais accéder à une éducation de qualité. Le transport scolaire sécurise leurs trajets et la cantine leur permet de bénéficier chaque jour d’un repas. Pour les enfants comme pour leurs familles, ce soutien change véritablement le quotidien », explique sœur Benedetta Della Chiesa, supérieure générale des sœurs de la Charité de Nevers.
Les grands axes du projet du BICE
Favoriser un enseignement de qualité
Le projet contribue à la prise en charge des salaires de quatre enseignants et d’une cuisinière. Cette stabilité permet à l’établissement de s’appuyer sur une équipe disponible et engagée auprès des enfants, dans un contexte marqué par la progression des effectifs – 185 élèves en 2025-2026 contre 150 l’année précédente.
La qualité de l’accompagnement repose aussi sur la formation continue des adultes présents chaque jour auprès des élèves. Les enseignants ont ainsi poursuivi leur formation au Programme national d’amélioration des premiers apprentissages (PNAPAS), avec un suivi régulier assuré par des conseillers pédagogiques.
À l’école Sainte Bernadette, les enseignants sont gentils. On apprend le respect de nos camarades, des autres personnes, de la nature et le travail bien fait. La bibliothèque de l’école nous permet de lire. Nous avons la chance aussi d’avoir des cours d’anglais qui nous préparent déjà à ce nous allons faire en classe de 6e.
Maëva, 9 ans, CM2 à la rentrée
Porter un autre regard sur les enfants, à l’école comme à la maison
La valeur ajoutée du projet passe également par une meilleure compréhension des besoins de chaque enfant. Des actions sont donc menées auprès du personnel de l’école, et des parents, afin de faire évoluer les pratiques éducatives à l’école comme à la maison.
Après une première formation à la protection et aux droits de l’enfant, les 14 membres du personnel ont participé, en avril 2026, à une session consacrée au développement de l’enfant. Elle leur a permis de mieux comprendre les différentes étapes de l’enfance et d’adapter leur accompagnement au rythme et aux besoins de chacun. Une attention particulière est portée à la parole des plus jeunes, afin de les encourager à exprimer leurs idées et à participer davantage à la vie du groupe.
Cette démarche se prolonge au sein des familles. Le même mois, 36 parents, 20 mères et 16 pères, ont été sensibilisés à la communication entre parents et enfants. L’écoute, le dialogue et le respect de la singularité de chacun ont été au cœur de cet atelier, dans le but de favoriser une parentalité plus responsable et positive.
« Les enseignants ont davantage pris conscience de leurs responsabilités dans l’éducation, l’évolution et le suivi de l’enfant, explique sœur Benedetta. Ils sont aussi plus à même de détecter les difficultés de certains pour mieux les aider. Du côté des parents, les formations sont accueillies avec beaucoup de satisfaction. Elles les aident à accompagner leurs enfants avec un regard nouveau, à se sentir plus impliqués. Un père nous a ainsi confié : “Grâce à la formation, j’ai compris que je suis coresponsable de l’éducation de mon fils.” »
Enfin, l’acceptation par les parents des obstacles rencontrés par leur enfant a permis d’améliorer leur prise en charge et les relations familiales. « Ils sont plus calmes, interagissent davantage avec les autres, développent un esprit de groupe et gagnent en autonomie. »




Garantir l’accès à un repas chaque jour
Le bien-être des enfants passe aussi par la réponse à leurs besoins essentiels. En 2025-2026, 155 élèves de la maternelle au primaire ont fréquenté la cantine, contre 120 l’année précédente.
« La restauration scolaire est une nécessité. Elle permet aux enfants d’avoir un repas nutritif à midi, de se reposer avant de reprendre les cours et d’être présents et à l’heure l’après-midi. Ils sont ainsi plus concentrés et dans de meilleures dispositions pour apprendre. Pour les parents aussi, c’est un soulagement. Ils peuvent travailler toute la journée, aux champs pour la plupart, sans avoir à venir chercher leurs enfants le midi ni à s’inquiéter pour leur sécurité. »
Le repas est par ailleurs un temps éducatif. Les élèves apprennent à respecter les lieux, le matériel et les aliments. Les petits sont servis en premier tandis que les grands participent à certaines tâches, comme la distribution de l’eau. « Ils apprennent à prendre soin des plus jeunes ; chacun trouve progressivement sa place dans le groupe. »
Ce que j’aime à l’école, c’est la cantine qui nous permet de nous reposer après le repas. J’aime aussi le transport. Grâce à lui, on arrive à l’heure à l’école et, au retour, nous chantons dans le car avec ma sœur et mes camarades. J’aime aussi les concours de dictée, de lecture et d’écriture.
Ousmane, 8 ans, CE2 à la rentrée
Rendre l’école accessible
Prendre soin des enfants signifie également leur permettre de rejoindre l’école en toute sécurité. Le ramassage scolaire constitue à ce titre un autre volet essentiel du projet.
En 2025-2026, 105 enfants âgés de 2 ans et demi à 14 ans ont bénéficié du transport scolaire, contre 78 l’année précédente. Le bus dessert désormais six villages, alors qu’il n’en desservait auparavant que deux. Ce service a contribué à la régularité de la présence des enfants en classe.
Une nouvelle année scolaire à préparer
À l’approche de la rentrée 2026-2027, un défi reste majeur : permettre aux enfants les plus vulnérables de poursuivre leur scolarité. Une attention particulière devra être portée aux mères isolées ou veuves qui, faute de ressources suffisantes, peinent à scolariser leurs enfants. Sans accès à l’école, ces derniers sont davantage exposés aux risques d’exploitation, de prostitution ou de travail sur les sites d’orpaillage.
