Awa et Kadi. L’histoire de deux enfants victimes de violences en Côte d’Ivoire - BICE - ONG de protection des droits de l'enfant
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enfants victimes de violences
© T. Louapre

Awa et Kadi. L’histoire de deux enfants victimes de violences en Côte d’Ivoire

En Côte d’Ivoire, notre partenaire local DDE-CI* accompagne, avec le soutien du BICE, des enfants abandonnés, maltraités, exploités, abusés… Découvrez, dans cet article, deux histoires d’enfants, accueillies au centre de sauvetage près d’Abidjan après avoir été victimes de violences sexuelles.

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« Encore aujourd’hui, la victime d’un viol est souvent perçue comme responsable »

Awa n’est jamais allée à l’école. À ses 13 ans, alors qu’elle vit dans le centre du pays avec ses parents et ses frères, elle est envoyée à Abidjan chez son oncle pour travailler. Elle aide notamment une voisine à vendre des marchandises au marché d’Adjamé. « Cette dame était gentille avec moi. Je me faisais à cette nouvelle vie, se souvient Awa. Et puis, un jour, elle m’a appris que mes parents étaient en train d’organiser mon mariage. Cette nouvelle m’a effrayée. Je savais que m’y opposer ne servirait à rien. Je me suis enfuie. »

Le début du calvaire pour Awa. Recueillie comme fille de ménage, elle est, peu après son arrivée, agressée sexuellement par le fils de la dame qui l’emploie. Et doit fuir. « Encore aujourd’hui en Côte d’Ivoire, la victime d’un viol est souvent perçue comme responsable de ce qui lui est arrivé… Elle est culpabilisée. Le sentiment d’impunité des agresseurs est très répandu », explique notre partenaire.

Sensibiliser la population à l’égalité entre les femmes et les hommes

C’est aussi ce qu’a vécu la petite Kadi, âgée de 10 ans. Un jour qu’elle rentre de l’école, la fillette est victime de viol en réunion par une bande d’adolescents du quartier qu’elle reconnaît. Elle en parle tout de suite à sa maman qui la conduit à l’hôpital, avant de déposer plainte à la police. Mais contre toute attente, c’est Kadi et sa mère qui deviennent les cibles d’injures, de violences dans le quartier, de la part des parents et proches des agresseurs. « Nous avons dû fuir, obligées de nous cacher. Je ne pouvais plus aller à l’école et ma maman a perdu son emploi », confie Kadi. 

Ces deux histoires, loin d’être des faits isolés, témoignent de l’importance de sensibiliser la population, dès le plus jeune âge, à l’égalité entre les femmes et les hommes, à la gravité des différents types de violence et à leur impact sur les victimes. « Ainsi, dans le cadre du nouveau programme de lutte contre les violences 2022-2024 initié par le BICE, nous avons prévu de sensibiliser les leaders communautaires, les familles, mais aussi les enfants eux-mêmes au sein des écoles et via un site Internet », souligne notre partenaire. Autre levier : la réponse judiciaire qui doit condamner systématiquement tout acte de violence. « Ce sujet sera porté par nos actions de plaidoyer menées sur les plans national et international. »

Accompagner les enfants victimes de violences d’un point de vue psychologique, éducatif, social

Parallèlement à ce travail de prévention, DDE-CI accompagne les enfants victimes de violences sur les plans psychologique, éducatif, social. Ainsi Awa, après avoir été exploitée par un autre employeur, est prise en charge par le centre de sauvetage de notre partenaire. Tout comme Kadi.

« Le tribunal de Yopougon nous amène beaucoup d’enfants déboussolés. Nous sommes là pour les aider à dépasser leurs traumatismes, à retrouver confiance en eux et en les autres. C’est souvent un long chemin. Awa par exemple refuse toujours de nous communiquer l’adresse de ses parents. Elle a tellement peur de leur réaction. Kadi, elle, commence tout juste à aller mieux. Elle est moins agressive, fait moins de cauchemars. Mais elle n’arrive pas encore à retourner en classe. Sa maman, qui habite chez une amie le temps de retrouver une certaine stabilité économique, vient régulièrement la voir. »

Quand elles seront prêtes, « bientôt, on l’espère », l’une refera ses premiers pas en classe, l’autre bénéficiera d’une formation à une activité génératrice de revenus. « Awa veut absolument apprendre un métier. Nous allons l’y aider. Nous essaierons aussi de rétablir le lien avec sa famille. C’est important. Cela participe à la reconstruction d’un enfant. »

 *Dignité et droits pour les enfants – Côte d’Ivoire

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