Chaque début d’après-midi, après avoir tenu la cantine solidaire de leur communauté, les mamans cuisinières se retrouvent sous un grand « molle » (poivrier du Pérou). Rejointes par d’autres mères de famille, elles y attendent leurs enfants inscrits au soutien scolaire proposé par le partenaire du BICE, Bolivia Digna. L’occasion pour elles de parler des menus, de nutrition mais aussi de leurs enfants, d’éducation et des difficultés du quotidien.
Des mamans solidaires et investies
« Peu à peu, sous ce grand arbre, les histoires, les rires et les gestes de solidarité ont commencé à circuler. Nous avons construit un véritable réseau de soutien entre nous », explique Marita. Cette implication des mères est l’une des composantes essentielles des projets développés depuis 2023 par Bolivia Digna et le BICE auprès de cette communauté installée près du marché paysan d’Arocagüa à Cochabamba. Pour beaucoup déplacées du territoire rural du Tropique de Cochabamba fortement marqué par l’expansion de la culture de coca, ces familles vivent dans des conditions précaires, sans travail régulier et avec un accès limité aux services de base (eau, électricité, assainissement…).
Des conditions de vie encore aggravées par la crise économique que traverse la Bolivie. Le manque de devises, les pénuries de carburant et la flambée des prix des produits alimentaires fragilisent encore ces familles. « Se nourrir est devenu un défi quotidien », relève Bolivia Digna.
Lutter contre le travail des enfants
Les conséquences sont particulièrement lourdes pour les plus jeunes. Face à l’augmentation du coût de la vie, certains parents n’ont d’autre choix que de retirer leurs enfants de l’école pour les faire travailler. Selon la Fédération des enseignants urbains, près de 18 000 élèves du secondaire ont abandonné leur scolarité dans le département de La Paz en 2025 et environ 15 000 dans celui de Cochabamba.
C’est dans ce contexte que la Fondation Bolivia Digna, avec le soutien du BICE, mène depuis novembre 2025 un projet destiné à lutter contre la malnutrition infantile et le décrochage scolaire.






Un repas quotidien pour maintenir les enfants à l’école
Au cœur du projet se trouvent « les femmes du Molle », comme elles aiment se nommer, qui gèrent la cantine solidaire. Elles servent chaque jour un déjeuner équilibré[1] et gratuit à 60 enfants de la communauté. Pour des familles qui peinent à assurer ne serait-ce qu’u repas par jour, cette aide est primordiale. Elle est associée à un suivi nutritionnel et médical régulier. Le projet contribue également à prévenir le travail des enfants. Car l’accès à la cantine est conditionné à la poursuite de la scolarité. Un moyen efficace de faire de l’alimentation un levier de protection de l’enfance.
Afin de surmonter les autres obstacles à l’accès à l’éducation, le projet prévoit la distribution de fournitures scolaires aux enfants les plus vulnérables. Cahiers, stylos, sacs ou matériel de base permettent à de nombreux élèves de poursuivre leur parcours dans de meilleures conditions et les motivent à participer au programme de soutien scolaire proposé chaque après-midi… Pendant que, sous le « Molle », les femmes, rejointes à certains moments par les travailleurs sociaux de Bolivia Digna, s’écoutent, se soutiennent et construisent ensemble des réponses aux difficultés qu’elles rencontrent.
[1] Les mamans ont été préalablement formées à la gestion du service et à la préparation de repas équilibrés. Les menus sont élaborés en partenariat avec le service de nutrition de l’hôpital Solomon Klein.
