Paraguay. L’exemple d’un plaidoyer concluant en faveur de l’ouverture d’une école - BICE - ONG de protection des droits de l'enfant
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Paraguay. L’exemple d’un plaidoyer concluant en faveur de l’ouverture d’une école

Callescuela, partenaire du BICE au Paraguay, a obtenu l’ouverture d’une école secondaire dans la zone marginalisée de Comuneros dans le département d’Alto Paraná. Une avancée capitale pour les habitants, très mobilisés sur le sujet.

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Il a fallu 21 mois. 21 mois d’études, de démarches et communications auprès des autorités, d’engagement de l’ensemble de la communauté pour qu’en juin 2022 s’ouvre une première classe de secondaire à Comuneros à l’est du Paraguay. « Une belle victoire. En finalement peu de temps, s’enthousiasme Julia Cardozo, coordinatrice dans le pays du projet du BICE Écoles sans murs dans le cadre duquel cette initiative a été menée. Car, on le sait, le plaidoyer est un travail de longue haleine. Ceci montre la pertinence de notre action et l’urgence qu’il y avait à agir. »

Une action lancée en septembre 2020 par Callescuela, après avoir constaté le nombre élevé d’abandons scolaires au niveau du secondaire, notamment chez les filles, dans cette zone défavorisée. « Nous avons commencé par une étude approfondie du phénomène et de ses causes. Notre volonté était de baser notre plaidoyer sur des faits et des éléments objectifs de diagnostic. Et ce, afin de consolider notre discours. Nous voulions que nos arguments soient infaillibles devant les autorités. »

Le droit à l’éducation de ces enfants bafoué

Entretiens avec des enfants et des adolescents, des parents et des enseignants de l’établissement du secondaire du secteur (à plus de 8 kilomètres de Comuneros) permettent ainsi à Callescuela, épaulée par une chercheuse, de confirmer ses hypothèses de départ. Et de mettre en avant l’important décalage entre ce qu’affirment la Convention relative aux droits de l’enfant (art. 28 et 29) et la législation nationale en vigueur et ce qui se passe en réalité. L’étude montre en effet clairement que le droit à l’éducation des enfants de Comuneros n’était pas effectif.

Deux causes principales* : l’éloignement de l’école secondaire et le manque de places dans cet établissement, obligé de refuser des élèves du secteur. Notamment ceux de Comuneros. « La longueur du trajet, l’inaccessibilité lors des jours de pluies où la route de terre se transforme en terrain boueux et glissant, l’insécurité pour les jeunes filles notamment, la difficulté pour obtenir une place décourageaient de nombreux parents et enfants, précise Julia Cardozo. Et parmi ceux qui faisaient quand même les démarches pour s’inscrire, certains étaient recalés. Pour tous ces adolescents, dont beaucoup étaient des filles, cet arrêt soudain de la scolarité** était difficile à vivre. On leur ôtait à 14-15 ans tout espoir d’un avenir meilleur, tout projet professionnel… Cela représentait une vraie blessure psychologique. » La communauté avait d’ailleurs déjà réclamé à plusieurs reprises l’ouverture d’une école secondaire plus près de chez elle. Des demandes restées lettre morte.

Plaidoyer local et national avec le soutien de toute la communauté

Forte des conclusions de cette étude**, Callescuela contacte courant 2021 les autorités locales, le ministère de l’Éducation et le Secrétariat national de l’enfance et de l’adolescence. « Soutenus par le maire nouvellement élu, les enseignants du primaire et toute la communauté, nous avons insisté, sans relâche, et notre plaidoyer a porté ses fruits. L’État a entendu la voix des habitants de Comuneros et a ouvert une classe de secondaire en juin dernier avec des enseignants payés par l’État. » 

Actuellement, 17 élèves, dont une majorité de filles, sont scolarisés dans cette nouvelle classe. Des élèves qui n’étaient inscrits dans aucun établissement depuis la rentrée. Et pour qui cette école représente la chance de choisir leur avenir. Un premier pas… Des classes d’autres niveaux devraient être créées au fur et à mesure.

L’étude déclarée d’intérêt public par le Conseil national des sciences et technologies

De plus, l’utilité et le caractère scientifique de cette étude, seule à avoir été réalisée sur le sujet dans le département d’Alto Paraná, sont désormais reconnus par plusieurs institutions œuvrant dans la protection de l’enfance. L’ensemble de la démarche de plaidoyer de Callescuela représente même un exemple. Qui pourrait faire des émules dans d’autres localités.

Déclarées d’intérêt public par le Conseil national des sciences et technologies, la recherche et ses conclusions ont également été présentées lors d’un congrès de l’université de Encarnación dans le département de Itapúa.

*L’étude Acceso a la educación de niños, niñas y adolescentes vulnerables en el contexto de la pandemia del Covid-19 a aussi porté sur l’accès à l’éducation des élèves de Comuneros inscrits dans l’établissement du secondaire du secteur en période de confinement. Plusieurs obstacles à la jouissance de ce droit ont été observés. Parmi eux : la pauvreté, l’absence de connexion et le désintérêt de la communauté éducative pour les enfants « décrocheurs ».

**Le système d’éducation du Paraguay compte trois niveaux : le primaire, le secondaire (deux cycles de trois ans chacun) et l’universitaire. L’école primaire dure six ans et concerne les enfants âgés entre 7 et 14 ans.

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