Notre mission :

Défendre les droits et la dignité des enfants partout dans le monde

20 juin 2016 | 15:28

Le plaidoyer en 5 questions

Le plaidoyer en 5 questions
Yao Agbetse, coordinateur plaidoyer international du BICE ©BICE

Alors que la 32ème session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU vient de débuter à Genève, et si nous prenions le temps de nous interroger sur la nature de cette activité : au fond, qu’est-ce que le plaidoyer ?

Pour beaucoup de monde, le plaidoyer demeure une activité technique, difficile d’accès aux non-initiés. Pourtant cette activité est primordiale dans nos actions en faveur des droits de l’enfant.

Yao Agbetse chargé des activités de plaidoyer au sein du BICE nous en dit plus sur ses missions et sur les enjeux d’une telle activité.

Qu’est-ce que le plaidoyer ?

Yao : De manière générale, le plaidoyer est la défense ou la promotion d’une cause ou d’une idée. Dans le domaine qui est le nôtre, à savoir la protection des droits de l’enfant, les activités de plaidoyer visent à influencer les décideurs politiques afin d’amener des changements aussi bien dans la loi que dans les mœurs afin de mieux protéger les droits des enfants partout dans le monde. En fait, le plaidoyer est un processus organisé qui se base sur des recherches, des faits, des témoignages, que l’on reçoit de nos partenaires sur le terrain dans le cadre de la mise en œuvre de nos projets et programmes.

Pourquoi est-ce important ?

Yao : Le plaidoyer est réellement fondamental. Cela nous permet d’identifier et d’agir sur les causes et les conséquences d’un problème donné en essayant d’apporter les clés pour le résoudre. En outre, grâce au plaidoyer on peut obtenir des changements dans le temps et l’espace. Dans le temps car si on obtient des changements au niveau législatif par exemple, cela s’inscrit dans la durée ; dans l’espace car une loi a, par définition, une portée générale, elle vise donc tous les enfants d’un pays et non pas uniquement un petit groupe.

  • Par exemple, début 2016, le nouveau Code de justice juvénile est entré en vigueur en Géorgie. Ce dernier comporte deux avancées majeures concernant l’accompagnement et l’audition des enfants victimes d’abus et de violence ainsi que la formation des professionnels qui recueillent la parole de ces enfants. Celles-ci ont été obtenues grâce au travail de plaidoyer et de networking du BICE et de son partenaire géorgien, Public Health Foundation of Georgia (PHFG), au niveau international et au niveau national.

Peux-tu nous donner un exemple d’une action de plaidoyer ayant permis une amélioration des droits de l’enfant ?

Yao : Il y a beaucoup d’exemples ! Le plus emblématique étant celui de l’adoption de la Convention relative aux droits de l’enfant. Mais si l’on regarde plus près de nous, je citerai un exemple de réussite au Togo :

  • Avant 2014, il n’y avait au Togo qu’un seul et unique juge pour enfant, qui était basé à Lomé, la capitale. Grâce au travail de plaidoyer du BICE et du BNCE-Togo à la fois au niveau international et national, un décret de juillet 2014 a nommé 5 autres juges pour enfant répartis sur le territoire, dans les villes de Aného, Atakpamé, Dapaong, Kara et Kpalimé.

Auprès de quelles instances le BICE et ses partenaires mènent des actions de plaidoyer ?

Yao : Au niveau international, nous intervenons auprès des mécanismes de promotion et de protection des droits de l’enfant. En premier lieu, nous menons beaucoup d’activités auprès du Conseil des droits de l’homme, qui est le plus important organe de l’ONU chargé de la promotion et la protection des droits de l’homme. Un autre organe essentiel auprès de qui nous faisons du plaidoyer est le Comité des droits de l’enfant qui est en charge de surveiller la bonne application par les Etats parties à la Convention relative aux droits de l’enfant.
Mais nous travaillons également avec les Missions diplomatiques qui représentent les Etats auprès des Nations Unies. Elles relaient nos revendications et recommandations dans leurs décisions, résolutions et initiatives. Enfin, nous avons quelques activités de plaidoyer auprès d’instances régionales telles que le Comité africain d’experts sur les droits et le bien-être de l’enfant ou le Conseil de l’Europe.

Est-ce que les actions de plaidoyer se font uniquement à l’échelle internationale ?

Yao : Non, les activités de plaidoyer s’effectuent aussi au niveau national. Les activités de plaidoyer que nous faisons au niveau international doivent trouver leur écho au niveau national, car en dernier ressort, c’est bien au niveau national que les décisions sont prises et que les lois sont adoptées.

  • Par exemple, en 2015 des membres du Congrès brésilien ont proposé un amendement à la Constitution afin de réduire de 18 à 16 ans l’âge de responsabilité pénale des enfants en conflit avec la loi. Le BICE, son partenaire au Brésil et l’ensemble de notre réseau se sont mobilisés contre cet amendement : nous avons interpellé le Conseil des droits de l’homme et le Comité des droits de l’enfant. En parallèle, de nombreuses actions ont été effectuées auprès des députés brésiliens car c’est bien eux qui ont le pouvoir d’empêcher cette réforme, portant une grave atteinte à la protection des enfants en conflit avec la loi.