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14 février 2020 | 13:49

Pour un meilleur accompagnement des jeunes migrants

mation tuteurs de résilience Syracuse - jeunes migrants
© CIAO

Une formation Tuteurs de résilience a été organisée fin octobre à Syracuse en Italie en direction de professionnels chargés de l’accompagnement de jeunes migrants, marqués par le déracinement et l’exil.

La peur d’être enfermé ou rejeté, la solitude, la pauvreté, l’insécurité, le racisme… sont autant de freins à la reconstruction des jeunes migrants. Et à leur intégration.  « Quand ils arrivent au centre, ils ont pour la plupart totalement perdu confiance en eux et en les autres. Ils ont peur, témoigne un éducateur du centre interculturel d’aide et d’orientation* (CIAO) géré par la congrégation des frères maristes à Syracuse en Sicile. Il est primordial de leur proposer un espace sécurisé, rassurant, puis un accompagnement adapté. »

18 professionnels formés, 1625 jeunes bénéficiaires indirects

Pendant trois jours, 18 éducateurs, professeurs d’italien et avocats, tous intervenants au CIAO auprès des jeunes migrants, ont ainsi participé à une formation Tuteurs de résilience organisée par le BICE, en collaboration avec l’Université catholique du Sacré Cœur de Milan (UCSC) et adaptée aux spécificités de ce public. L’objectif ? Améliorer l’accompagnement proposé et épauler ces jeunes dans leur parcours de résilience. Une partie de la formation s’est donc penchée sur le processus migratoire et la construction identitaire dans un pays étranger. L’adolescence et le retard de développement susceptibles d’être causés par des expériences traumatisantes pendant le voyage ont également fait l’objet d’une attention particulière.

« La migration ne se termine pas au moment où l’on arrive dans un nouveau pays. Il faut avoir en tête que l’environnement, la communauté, l’accueil sont des éléments fondamentaux dans le processus d’intégration. Un jeune migrant peut passer rapidement du rejet total de la nouvelle culture à son assimilation complète avec marginalisation de sa culture d’origine. L’idéal est qu’il arrive à accepter les deux », explique Veronica Hurtubia, formatrice de l’UCSC. Pour une meilleure compréhension de ce que peuvent ressentir les migrants, les participants ont par ailleurs recherché dans leur histoire leurs propres expériences de changement (nouveau travail, déménagement…). Un atelier qui favorise l’empathie, l’un des ingrédients clés de l’accompagnement vers la résilience.

Des ateliers pour favoriser le dialogue

Qu’est-ce que la résilience ? Comment identifier les recours personnels et communautaires que les jeunes ont à leur disposition ? Quel rôle doit jouer un tuteur de résilience ? Ces différentes questions ont été abordées pendant la formation, notamment par le biais d’ateliers créatifs. Des ateliers pendant lesquels les participants ont aussi découvert des activités à mettre en place avec les jeunes afin de favoriser le dialogue, la confiance en soi, l’entraide… Et donc, le processus de résilience. « Nous avons désormais en notre possession des outils pratiques, concrets. C’est important. Nous avons de surcroît pris conscience de l’importance de collaborer avec les différents acteurs du CIAO. Le travail en équipe, le partage d’informations nous permettront de mieux accompagner les jeunes », conclut un participant.

 

* Le CIAO aide les jeunes migrants de 1re et 2e générations sur les plans psychosocial, administratif, juridique. Il propose également des cours d’italien et du renforcement scolaire, ainsi que des activités culturelles (peinture, dessin, artisanat, informatique…).

Formation tuteur de résilience Syracuse

Témoignage

Un éducateur raconte le parcours de résilience d’un jeune migrant

« Il avait 13 ou 14 ans quand il est arrivé en Italie comme enfant migrant non-accompagné. Il venait d’Égypte et sa famille l’avait obligé à fuir et à monter dans un bateau la nuit. Sans le préparer pour le voyage, sans rien. L’enfant était copte. Il fuyait son pays pour des motifs religieux. Mais, dans le bateau, il était le seul copte. Il a passé tout le voyage la peur au ventre que quelqu’un découvre sa religion. Ça l’a beaucoup affecté, affaibli. Une fois en Italie, dans le centre d’accueil, il m’a semblé que l’enfant parlait bien l’anglais. J’ai voulu qu’il soit médiateur. Mais il n’a pas pu. Il était trop fragile. J’ai alors compris qu’il avait besoin de temps pour récupérer des forces et de la confiance en lui. Je savais qu’il était intelligent et que les études pourraient être un outil efficace dans son processus de résilience et d’intégration. Mais il était trop tôt. J’ai essayé de l’accompagner patiemment dans son processus. Au bout d’un moment, une famille italienne l’a accueilli chez elle. Un fait qui a marqué sa vie de manière positive. Je n'ai plus de contact quotidien avec ce garçon, mais je sais qu'il a commencé l'université et a même écrit un livre sur son expérience migratoire. »