Guerre. Témoignage d’Olena, réfugiée en Roumanie - BICE - ONG de protection des droits de l'enfant
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Réfugiés Ukraine
Selon l'ONU, plus deux millions de personnes ont fui l'Ukraine depuis le début de l'invasion russe. ©Adobe Stock

Guerre. Témoignage d’Olena, réfugiée en Roumanie

Olena, coordinatrice d’Enfance sans violences à WCU*, notre partenaire ukrainien, a fui la guerre, les bombardements à bord d’un train d’évacuation le 5 mars. Elle est aujourd’hui en Roumanie.

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Olena a quitté son mari, son foyer, son pays le 5 mars. Une décision douloureuse qu’elle a prise suite à l’intensification des bombardements près de chez elle. « Les premiers jours de la guerre, nous pouvions encore sortir, travailler… Mais mon quartier, situé près de l’aéroport de Jouliayi, était de plus en plus visé. On devait se cacher sans cesse. J’avais peur. Je me sentais très mal. Mon mari a insisté pour que je parte, raconte Olena, coordinatrice du projet Enfance sans violences au sein de WCU. J’avais initialement prévu de rester à l’Ouest de l’Ukraine, je ne voulais pas quitter le pays. Mais les capacités d’accueil sont tellement saturées dans cette zone en raison du nombre de déplacés que j’ai dû me résoudre à partir en Roumanie. »

« Il y avait un tel silence dans le train »

Samedi 5 mars, son mari l’emmène à la gare de Kiev en voiture. Ils attendent cinq heures avant qu’elle puisse monter dans un train, son chat et une valise sous le bras. « La priorité est donnée aux femmes avec enfants, précise-t-elle. Et, samedi, il y avait énormément de demandes d’évacuation. J’ai donc attendu mon tour. » Une fois dans le train couchette, où se serrent quatre fois plus de personnes que prévu, l’attente est encore longue. Deux heures, dans le noir. Et dans la peur. « Cinq fois, nous avons entendu la sirène. Et dans le train, il y avait un tel silence. Bébés, enfants, mères, grand-mères, tout le monde se taisaient, hagards… Nous n’entendions que notre propre respiration. Et ce silence a duré une grande partie du voyage. »

Le train roule lentement, s’arrête souvent. Il met 19 heures à rejoindre Lviv, à l’ouest de l’Ukraine, un trajet qu’il fait habituellement en 6 heures. « Tout le long de la frontière avec la Biélorussie, les lumières et téléphones devaient rester éteints. Et le train avançait tellement doucement. Il fallait être le plus discret possible, nous a-t-on dit, précise Olena. Ce n’est qu’à l’ouest que le chauffage et les lumières ont été rallumés. Les équipes du train ont également fait chauffer de l’eau dans de grandes bouilloires pour nous proposer du thé. Les passagers, des habitants de Kiev, mais aussi des villes bombardées plus à l’est et autour de la capitale, Kharkiv, Irpin, Boutcha, se partageaient ce qu’ils avaient à manger. Cette entraide m’a beaucoup touchée. »

« Je veux rentrer chez moi, dans ma maison »

Arrivée à Lviv, Olena loue une voiture avec d’autres personnes pour se rendre en Roumanie. La traversée de la frontière se fait à pied, avec l’aide des douaniers ukrainiens. « De l’autre côté, des bénévoles locaux et internationaux nous attendaient. » Un soulagement et un vrai réconfort. Aujourd’hui, Olena loge dans un appartement que sa fille lui a loué à Cluj. Elle arrive à travailler à distance, en appui notamment à la directrice exécutive de son association, restée sur place et qui coordonne un soutien humanitaire et psychologique en Ukraine. Mais l’inquiétude ne la quitte pas. Elle a son téléphone constamment avec elle pour être informée, via une application, de chaque alerte à Kiev. « Il y en a eu 4 depuis 6h », nous dit-elle à 9h30 mercredi 9 mars. Et pour avoir des nouvelles de son mari. « Il m’en donne matin, midi et soir. Je me sens tellement mal…. Je veux rentrer chez moi, dans ma maison. »

* Women’s Consortium of Ukraine (WCU) travaille avec le BICE dans le cadre du projet Enfance sans violences.

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