Conflits au Nord-Kivu en RDC : des milliers de réfugiés à Goma
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RDC Goma déplacés de guerre
L'un de nos partenaires à Goma aux côtés de familles déplacées © CSF

Nord-Kivu. Des milliers d’habitants fuient les combats

Depuis quelques jours, des dizaines de milliers de déplacés affluent dans la banlieue de Goma en RD Congo pour fuir les combats. Témoignage d’un de nos partenaires, Cœur sans frontières.

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À Kanyaruchinya, dans la banlieue nord de Goma, les tentes et abris de fortune se multiplient autour de l’église, du presbytère et des deux écoles, où des dizaines de milliers de déplacés affluent depuis samedi 29 octobre. Ils fuient les combats qui ont repris en milieu de semaine dernière entre le M23* et les forces armées congolaises (FARDC) dans le territoire de Rutshuru à l’est de la République démocratique du Congo. Ils fuient l’avancée du groupe rebelle. Depuis samedi, le M23 contrôle en effet le centre des villes Rutshuru et Kiwanja, ainsi qu’une partie de l’axe routier N2 qui dessert Goma.

 Les familles ont fui en laissant tout derrière eux

« Ils occupent plus de 400 km2 du territoire de Rutshuru. Une zone dans laquelle les villages se sont vidés. La plupart des habitants sont partis, sous les tirs, en laissant tout derrière eux : le bétail, les vêtements, de quoi cuisiner… Certains ont dû fuir alors que toute la famille n’était pas réunie. D’autres, dans la précipitation, la panique, ont été séparés de leurs enfants. Pour l’instant, plus de 180 enfants non accompagnés ont été recensés. Avec d’autres associations et les autorités, nous recherchons leurs familles », explique notre partenaire à Goma, Cœur sans frontières (CSF).

CSF se rend également chaque jour auprès des déplacés pour évaluer leurs besoins, les soutenir et aider les plus vulnérables. « Il y a beaucoup de souffrance et de désespoir. Certains avaient déjà fui les combats en juin [plus d’infos ici]. Ils sont épuisés. Les bâtiments – écoles, église, presbytère – ont rapidement été remplis. Donc la plupart dorment sous des tentes, sur des bâches ou à même le sol à la belle étoile. Ils manquent de tout. Ils n’ont pas de nourriture, pas de médicaments, pas de vêtements ou de couvertures, pas d’eau non plus, ce qui est particulièrement inquiétant. »

À Goma, la tension est très forte, la peur omniprésente

Dans de telles conditions, les risques de fièvre typhoïde et de choléra sont élevés. Le partenaire du BICE est particulièrement inquiet pour les jeunes enfants. Lundi, CSF a pu distribuer des bâches, des seaux et des bidons à 67 familles. Et a apporté une aide spécifique à trois familles particulièrement fragiles. « Nous avons notamment soutenu une femme qui avait mis au monde un garçon sur la route pour Goma. Quand nous l’avons rencontrée, son bébé de moins de 24 heures avait pour seul habit un pagne. Et il dormait dehors sous une tente avec sa maman et ses deux frères. Nous leur avons apporté des vêtements et donné de quoi acheter à manger », explique Cœur sans frontières, qui s’inquiète également de voir les prix des denrées alimentaires augmenter.  

« Goma est en partie coupée du monde sans l’axe routier N2, la principale route pour son approvisionnement, ce qui explique l’augmentation des prix. Cette situation et le fait que les M23 sont à moins de 50 km de la ville sont inquiétants. Les habitants ont peur. La tension est donc très forte ici. Sans oublier que de nombreux habitants qui ont perdu leurs logements lors de l’éruption du volcan Nyiragongo en mai 2020 [plus d’infos ici] n’ont toujours pas été relogés… », souligne CSF.  

* Le M23, mouvement du 23 mars, naît en 2012 d’une mutinerie d’anciens rebelles intégrés à l’armée congolaise en 2009. Accusé de nombreuses violences contre les populations civiles, le M23 occupe Goma pendant une dizaine de jours fin 2012. Fin 2013, chassé de la RDC par les forces congolaises, il dépose les armes et signe un accord de paix qui confirme sa dissolution. Le M23 est de retour dans le Nord-Kivu depuis novembre 2021. Ses attaques des positions de l’armée congolaise sont de plus en plus fréquentes depuis fin mars 2022, entraînant de nombreux déplacements de la population. Le M23 a été déclaré mouvement terroriste mi-2022 par les autorités congolaises.

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