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1 novembre 2020 | 19:47

Quand l’art vient au secours des enfants en souffrance

Art Therapie
Atelier d’art-thérapie au centre Les Petits Lutins de l’Art à Paris. © Les Petits Lutins de l’Art

En novembre dernier, l’Organisation mondiale de la Santé publiait un rapport qui confirmait les bénéfices de l’art sur la santé physique et mentale. Des bénéfices notamment pour les enfants en souffrance psychologique ou atteints de graves maladies. Comment cela est-il possible ? Réponses à travers quelques exemples de cette prise en charge par l’art.

C’est le rapport le plus complet à ce jour sur les bénéfices de l’art dans le domaine de la santé physique et mentale. Publié en novembre dernier par le Bureau Europe de l’OMS, il se fonde sur plus de 900 études réalisées dans le monde entier sur les bienfaits de l’art, notamment pour les enfants. Cela va de la lecture d’une histoire au moment du coucher, dont il est prouvé qu’elle procure de plus longues nuits de sommeil aux jeunes enfants et une meilleure concentration à l’école, aux différentes formes d’art-thérapie utilisées en psychothérapie ou en complément de soins dans les services de pédiatrie.

L’art comme thérapie non verbale

Ce qu’il est convenu aujourd’hui d’appeler art-thérapie a vu le jour en psychiatrie dans les années 1950. En France, l’hôpital Sainte-Anne de Paris a été pionnier dans le développement de psychothérapies à médiation artistique, une approche non verbale qui s’applique avec succès aux enfants en souffrance. « La psychothérapie à médiation artistique offre un champ vaste de prises en charge, explique Marie-Aude Götz, la directrice du centre Les Petits Lutins de l’Art à Paris. Nous aidons des enfants de 3 à 12 ans à surmonter des difficultés généralement psychologiques : troubles de l’attachement, du comportement, de l’attention et hyperactivité, de l’humeur, déprime, inhibition par rapport au groupe… »

La demande de prise en charge peut émaner des parents, mais aussi de centres médico psychologiques (CMP) qui adressent des enfants en complément d’autres prises en charge. « La diversité de nos propositions d’ateliers (arts plastiques, musique, théâtre, danse-mouvement et modelage) permet d’accompagner au plus près les besoins de l’enfant. Le choix se fait en fonction de la problématique de l’enfant, lequel va travailler en petits groupes. » L’art-thérapie ne se substitue pas aux psychothérapies verbales, sauf si celles-ci ne sont pas adaptées.

« Il y a des situations pour lesquelles le verbal ne fonctionne pas. Par exemple les troubles du comportement alimentaire, qui ont un rapport avec le corps, mais aussi avec le contrôle de soi et donc de la parole. Le patient va contrôler ce qu’il dit et la thérapie ne sera pas efficace. Parce qu’elle court-circuite le verbal, l’art-thérapie va mettre le jeune patient plus facilement au travail. » L’art-thérapie est également une approche moins stigmatisante. Elle peut être une porte d’entrée pour des familles qui appréhendent d’aller voir un pédopsychiatre pour leur enfant. « Je me souviens d’un enfant pour lequel il y avait un soupçon de trouble autistique. L’art-thérapie a été une façon d’aider l’enfant tout en permettant à ses parents d’accepter la situation. »

Un soin de support pour des petits malades chroniques

Depuis une dizaine d’années, l’art-thérapie a également fait son entrée dans les services pédiatriques des hôpitaux. L’association Vaincre la mucoviscidose soutient par exemple des postes d’art-thérapie dans les centres de ressources et de compétences pour la mucoviscidose, une maladie chronique qui atteint notamment les capacités respiratoires du patient et l’astreint à des soins quotidiens parfois très lourds.

« Depuis l’année dernière, nous soutenons un projet en lien avec un programme de réhabilitation respiratoire pour des enfants qui ont une atteinte respiratoire importante et pour qui l’activité physique ne suffit plus, raconte Anne-Sophie Duflot, adjointe à la Direction médicale de l’association. Dans ce cas, l’idée consiste non seulement à améliorer la qualité de vie de l’enfant, mais aussi à l’aider à travailler son souffle via le chant ou la pratique d’un instrument à vent. »

Les autres projets soutenus ont pour objectif commun de travailler l’estime de soi chez l’enfant, de lui apprendre à gérer son stress et ses émotions et de lui permettre d’avoir une activité plaisir dans le contexte des soins, une activité qui lui est propre et qu’il va pouvoir faire seul ou avec ses parents et frères et soeurs. « L’enfant renforce sa confiance en lui et revalorise son image. On observe que cela fait également bouger les curseurs au sein de la famille et de la fratrie qui découvrent l’enfant sous un jour autre que la maladie. »

De l’oncologie aux soins palliatifs

En cancérologie, l’art-thérapie est apparue tout d’abord en soins palliatifs. « Comme il n’y a plus de soins curatifs, on s’est recentré sur le bien-être du patient en lui proposant des soins de support », analyse Marine Mangenot, art-thérapeute au centre Oscar-Lambret, le centre de lutte contre le cancer des Hauts-de-France. Elle-même a commencé à exercer en soins palliatifs, avant de se dédier à la pédiatrie et aux soins palliatifs enfants. Ses interventions se font à plusieurs niveaux : physique, psychique, social et spirituel.

« Avec de jeunes patients à mobilité réduite, je travaille autour du mouvement, du corps, de la respiration. Au niveau psychique, j’interviens en lien avec les psychologues, notamment autour de l’anxiété en permettant à l’enfant d’exprimer ses émotions autrement que par les mots. » La dimension sociale, c’est tout le travail fait avec les familles, et surtout les fratries, souvent durement mises à mal par la maladie. « Je fais des séances de groupe avec les frères et soeurs, parfois même avec plusieurs fratries ensemble pour qu’elles puissent confronter leur vécu. Et en travaillant sur la dynamique familiale, on agit pour le patient. » La dimension spirituelle, ce sont toutes les questions qu’une maladie comme le cancer oblige à se poser sur l’existence, la mort et ses représentations.

Les atouts de l’art et de l’art-thérapie

L’enjeu principal de ces pratiques d’art-thérapie pour les enfants malades, c’est d’améliorer leur mieux-être et de les aider à traverser toutes les étapes du traitement dans des condition plus sereines, surtout lors de traitements de 6 mois à un an comme c’est le cas pour les cancers. « En début de traitement, cela va être l’acceptation de la perte des cheveux, raconte Marine Mangenot. En avançant dans la prise en charge, si l’enfant refuse de voir le psychologue, je vais travailler avec lui l’expression de ses émotions à travers la musique. En fin de traitement, ça va être sa représentation de l’après. »

Les enfants ont plus de facilité que les adultes à entrer dans une démarche d’art-thérapie car ils se soucient moins du regard social et de la peur de ne pas « bien faire ». Il ne s’agit d’ailleurs pas de produire quelque chose d’artistiquement beau. « Par le biais de l’art, on touche une part subjective très forte, souvent oubliée dans le secteur hospitalier, précise Marine Mangenot. L’art-thérapeute ne s’appuie pas que sur les difficultés de l’enfant malade, mais aussi sur ses ressources, ce qu’il est encore en capacité de faire. On travaille aussi sur toutes les notions d’esthétique, de beau et de bien-être. C’est une thérapie psychocorporelle positive. »