Sécurité sur Internet : accompagner, expliquer, écouter - BICE - ONG de protection des droits de l'enfant
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Sécurité sur Internet - Elizabeth Milovidov

Sécurité sur Internet : accompagner, expliquer, écouter

Pour ne donner qu’un seul chiffre : dans le monde, aujourd’hui, plus de 800 millions d’enfants utilisent activement les réseaux sociaux, ce qui les expose à de multiples dangers. Les aider à naviguer en toute sécurité sur Internet s’avère donc primordial. Explications et conseils avec Elizabeth Milovidov, avocate, responsable Coopération européenne pour l’Association e-Enfance.

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À quels dangers Internet expose-t-il les enfants ?

Malheureusement, il y en a beaucoup. Ils peuvent déjà être exposés à des contenus inappropriés, violents ou à caractère sexuel. Selon une étude réalisée aux États-Unis – mais les résultats sont semblables en Europe – , à l’âge de 12 ans, un tiers des jeunes ont déjà vu des images pornographiques. Sur YouTube par exemple, les suggestions proposées dans le fil de lecture mènent vite à des contenus inappropriés. Ils peuvent aussi être victimes de cyber-harcèlement ; cela peut prendre la forme d’insultes sur les réseaux sociaux ou d’intimidations. Il y a aussi l’utilisation de données personnelles à mauvais escient… Autre forme de violence : la revanche pornographique ou le sexting non consenti, lorsque des photos ou textos à caractère sexuel envoyés via sms ou les réseaux sociaux entre deux jeunes gens, sont ensuite diffusés par l’un des deux ou par un tiers. Et puis, des enfants peuvent être victimes d’exploitation sexuelle. Parmi les techniques utilisées, le grooming. L’adulte se fait alors passer pour un jeune sur les réseaux sociaux, les forums de discussion, les jeux vidéo en ligne pour attirer un enfant et abuser de lui.

Comment protéger son enfant de ces différentes formes de violence ?

Il est d’abord important d’avoir conscience que cela peut arriver sur n’importe quelle plateforme – email, applications de discussion, télévision connectée, jeux vidéo en ligne, réseaux sociaux – et que, malheureusement, il est quasi certain qu’un enfant seul sur Internet sera confronté un jour ou l’autre à l’une des formes de violence citées précédemment. Selon moi, la meilleure façon de les protéger est de les accompagner dans l’utilisation de cet outil. Il est essentiel de prendre le temps de leur expliquer les risques, de discuter. Un parent peut dire à son enfant : « J’ai confiance en toi, mais cette application ou ce réseau social n’est pas adapté à ton âge parce que… » Un parent peut expliquer à son enfant ce qu’il risque de voir, de vivre et comment réagir si un jour cela arrive.

Qu’en est-il du contrôle parental ?

Pour les enfants de moins de 9 ans, le contrôle parental fonctionne très bien. Beaucoup d’applications en sont en effet munies et les jeunes enfants l’acceptent bien. Au-delà de 10 ans, il est plus difficile de faire accepter ce contrôle aux enfants, surtout que la plupart savent comment le détourner. C’est pour cela que la discussion est essentielle.

Y a-t-il un âge minimum d’utilisation par réseau social ?

Les réseaux sociaux sont pour la plupart interdits aux enfants de moins de 13 ans (Whatsapp – 16 ans). Cet âge a été choisi au regard de la législation américaine qui interdit la collecte de données personnelles auprès d’enfants de moins de 13 ans. En France, une autorisation parentale est demandée pour les enfants de 13-14 ans. Mais il ne faut pas forcément prendre ces limites d’âge au pied de la lettre. Selon moi, beaucoup d’enfants de 13 ans ne sont pas prêts à aller sur les réseaux sociaux sauf si les parents les accompagnent.

Comment un parent peut-il aider son enfant si celui-ci est victime de violence sur Internet ?

Je dirais d’abord qu’il est essentiel que l’enfant se sente soutenu, écouté. Ensuite, il y a des spécialistes de la protection de l’enfant sur Internet. En France, Net écoute – un numéro vert d’écoute, d’information et de conseil – met à disposition de ceux qui en ont besoin des psychologues et des juristes. Ce genre de plateformes spécialisées dans la sécurité numérique existe dans la plupart des pays d’Europe. La commission européenne soutient leur développement.

Quel rôle peut jouer la législation ?

La mise en place d’une législation adaptée, protégeant les jeunes générations, est primordiale. Au début, tout a été permis sur Internet. Il y a des contenus en abondance, sans aucune restriction. Ou presque. Il faut commencer à dire stop et cela passe par la législation. En octobre dernier, la France a par exemple voté une loi qui encadre le travail des « enfants influenceurs » sur les plateformes de vidéos en ligne. C’est l’un des premiers pays à le faire. En matière de protection des enfants sur Internet, la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne les États-Unis … sont les pays les plus avancés. Ils sont à l’écoute, conscients de la nécessité de faire quelque chose.

Une dernière question, que pensez-vous d’Internet ?

Internet offre des perspectives superbes et a énormément d’avantages. On l’a vu avec la pandémie. Internet a permis à des millions d’enfants de ne pas perdre le lien avec leur école grâce à l’apprentissage en distanciel. Il permet aussi de communiquer, de rester en contact malgré la distance, de partager des informations. Notre rôle en tant que parents, mais aussi en tant qu’éducateurs et enseignants… est donc d’accompagner les enfants, de leur apprendre à se servir de cet outil pour qu’ils en connaissent les risques, et qu’ils aient aussi conscience de la conséquence de leurs actes.

 

Réécouter ici le webinaire animé par Elizabeth Milovidov et organisé par le BICE, dans le cadre de la formation de ses partenaires et de son programme de lutte contre la violence, et End violence against children.

 

Net Écoute, numéro vert d’écoute, d’information et de conseil contre le cyberharcèlement : 0800 200 000 – https://www.netecoute.fr/.
Plus d’infos sur e-enfance.org

 

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