Témoignages. Des enfants travailleurs sur les bancs de l’école - BICE - ONG de protection des droits de l'enfant
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Benin education
© N. Dobozy

Témoignages. Des enfants travailleurs sur les bancs de l’école

Scolarisés depuis plusieurs mois - et ce pour la première fois - dans l’école alternative Saint Joseph de Copertino de notre partenaire Franciscains Bénin, près de Cotonou, Alice, 12 ans, et Gildas, 14 ans, ont soif d’apprendre, d’en savoir toujours plus. Heureux de pouvoir profiter des joies de l’école.

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Alice a 12 ans, elle vit au Bénin. Jusqu’à ses 10 ans, elle n’était jamais allée à l’école. Ses parents n’avaient pas les moyens de payer sa scolarité. Alors, chaque jour, elle aidait sa mère dans les travaux domestiques et agricoles. Éprouvant. Depuis octobre 2019, la fillette est inscrite à l’école alternative de notre partenaire Franciscains Bénin, près de Cotonou. Elle y a appris à lire, à écrire et à parler français. Elle a aussi gagné en confiance. « Elle est plus assurée et communique plus facilement avec ses camarades », souligne notre partenaire.

1 enfant sur 2 est victime du travail des enfants au Bénin

Cette école de la 2e chance, soutenue par le BICE, accueille 70 élèves en moyenne, âgés entre 9 et 15 ans. Dont la plupart n’a jamais été à l’école. Ils travaillent. Certains aux champs, d’autres dans la rue à vendre de l’essence ou divers produits. D’autres encore auprès d’artisans. Sans statut. « Ce sont souvent des travaux exténuants et même dangereux, souligne Marie-Laure Joliveau, chargée de programme au BICE. Et cela concerne beaucoup d’enfants. Il est en effet estimé à plus d’un sur deux le nombre de jeunes travailleurs au Bénin. Des contrats d’apprentissage existent mais seulement à partir de 14 ans, et peu de parents connaissent leur existence. Donc souvent, aucun contrat n’est signé. »

Cours de remise à niveau et découverte de différents métiers

Avec l’école alternative*, les enfants découvrent ainsi les joies de la cour de récréation et des jeux entre copains, la fierté d’apprendre, d’en savoir chaque jour un peu plus, la cantine… Ils bénéficient de cours de remise à niveau en français (lecture, écriture) et en mathématiques. Sont sensibilisés aux questions liées à la santé, à la citoyenneté, aux droits de l’enfant. Puis, dans un second temps, participent à des ateliers pour découvrir différents métiers tels que la couture, la coiffure, la mécanique, la soudure, la vitrerie, etc. « Nous respectons le fait que chaque enfant apprend à son rythme ; nous essayons ainsi de proposer à chacun un parcours adapté », précise notre partenaire. Les enfants sont aussi suivis sur le plan médical et psycho-social.

Le prix de la scolarité, un frein à l’éducation

C’est grâce aux campagnes d’information des Franciscains Bénin (lire l’encadré ci-dessous) que les parents d’Alice ont fini par inscrire leur fille à l’école. Sensibilisés à l’importance de savoir lire et écrire, d’apprendre un métier. Pour Gildas, 14 ans, exploité dans un atelier de peinture, l’histoire est peu différente. Sa présence à l’école, il la doit au propriétaire d’un chantier sur lequel travaillait son « patron ». Indigné de la façon dont Gildas était traité, il a convaincu l’artisan peintre d’accepter l’inscription du garçon à l’école alternative. Gildas est rentré en classe en octobre 2020. Ravi. « Sa maman ne l’avait jamais scolarisé faute d’argent. C’est pour la même raison d’ailleurs qu’elle l’avait envoyé travailler chez cet artisan, explique notre partenaire. Au Bénin, le prix de la scolarité est malheureusement un frein pour les familles démunies. Pour que ce ne soit pas le cas dans notre école, nous prenons en charge la scolarité, les fournitures scolaires et la cantine des élèves. »

Parallèlement à l’école, certains enfants continuent à aller travailler les après-midis ou sur leur temps libre. Un accord est en effet passé avec leurs familles, souvent en situation d’extrême pauvreté, et leurs patrons. « Le fait que l’entourage de l’enfant soit favorable à sa scolarisation est important. Cela nous assure que l’enfant vienne à l’école tous les jours et tout au long de l’année. Bien sûr, notre partenaire sensibilise pour que les conditions de travail des enfants s’améliorent », précise Marie-Laure Joliveau.

*En raison de la pandémie, l’école a été fermée du 30 mars au 11 mai 2020. Seuls les enfants de plus de 11 ans ont pu retourner en classe le 11 mai. La rentrée a eu lieu en septembre 2020.

Actions de sensibilisation auprès des parents et de la communauté

Les Franciscains Bénin organisent plusieurs fois par an des causeries-débats avec les parents, mais aussi avec les maîtres-artisans, pour parler des droits de l’enfant, des mesures alternatives aux châtiments corporels, de l’importance de l’éducation, de la prévention de certaines maladies… « Après plusieurs rencontres, le patron de Gildas dit être disposé aujourd’hui à l’accompagner dans le choix de son futur métier, précise notre partenaire. Nous avons participé à faire évoluer son regard sur les droits de l’enfant. C’est vraiment une réussite pour nous. ». Malgré la pandémie de covid-19, notre partenaire a réussi à organiser plusieurs rencontres avec les parents et/ou les patrons depuis un an. Et ce, dans le respect des gestes barrières. Il a également participé à une émission de radio sur le rôle de l’école en janvier dernier ; l’objectif étant de sensibiliser un plus large public.

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