« Construire ensemble un monde juste. » Dès les premières minutes de son discours à l’Unesco, auquel a assisté le BICE, Léon XIV a lié la construction de la paix au respect de la dignité humaine, à la justice et à la coopération entre les nations. Il a ainsi rappelé la vocation première de l’organisation onusienne : rapprocher les peuples par l’éducation, la science et la culture.
Une mission à laquelle le Saint-Siège est associé de longue date : en 2027 sera célébré le 75e anniversaire de sa présence auprès de l’Unesco. Cet engagement découle, selon Léon XIV, de la conviction que « l’avenir dépend avant tout du respect et de la promotion de la dignité inaliénable de chaque être humain créé à l’image de Dieu ».
Construire la paix dans les consciences
La paix a constitué l’un des fils conducteurs de l’intervention du Pape. Le Saint-Père a notamment repris les mots qui ouvrent l’Acte constitutif de l’Unesco depuis 1945 : « Les guerres prenant naissance dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix. »
Plus de 80 ans après la création de l’organisation, cet impératif conserve une résonance particulière dans un monde traversé par les guerres et les tensions. Pour Léon XIV, les traités, aussi nécessaires soient-ils, ne suffisent pas à construire une paix durable. Celle-ci doit s’enraciner dans la justice et dans la capacité à reconnaître en l’autre « un frère ou une sœur, une personne comme soi-même ». Face aux crises contemporaines, Léon XIV a ainsi appelé à faire confiance à la coopération entre les peuples. Les différences ne doivent pas être perçues comme une menace ; le dialogue permet au contraire de rechercher ensemble le bien commun.
C’est précisément là que l’éducation, la science et la culture ont un rôle essentiel à jouer. Elles contribuent à former les consciences, à rechercher la vérité et à placer le progrès au service de la dignité humaine. Le Pape a d’ailleurs pointé les dérives possibles lorsque ces principes sont oubliés : « Le progrès scientifique, lorsqu’il est dissocié de la sagesse, peut se transformer en une arme de destruction ; la culture, lorsqu’elle est soumise à l’idéologie, peut dégénérer en mensonge et en propagande ; et l’éducation, lorsqu’elle abandonne la vérité, peut devenir un instrument de manipulation des consciences. »
Face au numérique, protéger les enfants
Cette réflexion sur la paix et l’éducation l’a conduit à parler des transformations technologiques et notamment de l’intelligence artificielle. Tout en reconnaissant les possibilités offertes par ces outils, il a mis en garde contre le risque qu’ils deviennent des instruments de domination ou participent à une forme de déshumanisation.
Dans un environnement où l’information circule toujours plus vite, le Pape a également souligné qu’une abondance d’informations ne produit pas nécessairement davantage de connaissance ou de sagesse. Et a appelé la communauté internationale à porter une attention particulière aux enfants et aux jeunes. « À l’ère du numérique, leur vulnérabilité ne doit en aucun cas devenir une occasion d’exploitation. Puissent ces technologies favoriser leur épanouissement, leur éducation et leurs relations, en préservant leur liberté de pensée et de discernement, et en restant toujours au service de la dignité de la personne humaine. »
Un enjeu également abordé par le directeur général de l’Unesco, Khaled El-Enany, qui a insisté sur la nécessité de promouvoir une intelligence artificielle éthique, accessible et équitable, sans perdre de vue ce qui relève de l’intelligence humaine : le discernement, la responsabilité morale, la créativité et l’empathie.
Une exigence qui rejoint l’action du BICE
Pour le BICE, ces paroles font écho à une conviction qui guide son action depuis sa fondation en 1948 : chaque enfant doit pouvoir grandir dans la dignité, être protégé, devenir pleinement acteur de son avenir et un artisan de paix. Aujourd’hui, cette mission implique aussi d’accompagner les enfants dans leur compréhension des outils numériques et de développer leur capacité à exercer leur jugement face aux contenus auxquels ils sont confrontés.
« À l’ère de l’intelligence artificielle, le défi ne consiste pas seulement à maîtriser les outils, mais à aider les enfants que nous accompagnons à développer le discernement nécessaire pour les utiliser de manière responsable. En cohérence avec la vision portée par le pape Léon XIV dans Magnifica Humanitas, le BICE place ainsi l’éducation à l’esprit critique au cœur de sa mission », souligne Alessandra Aula, secrétaire générale du BICE.
Au-delà de cette rencontre, qui a rappelé le lien étroit entre éducation et construction de la paix, l’Unesco et le Saint-Siège entendent renforcer leur coopération autour des enjeux éducatifs et éthiques liés à l’intelligence artificielle.
